Puissance de la grâce
En terrasse du cafĂ© « Le Carrefour », derrière le BHV, le serveur reubeu arborre des lunettes dorĂ©es style taupin mais avec de gros diamants incrustĂ©s sur les branches, il est amusant, il fait beau, nous parlons avec Nane du rĂ´le essentiel de la grâce dans nos vies.
Elle dit quelque chose de très beau dont je n’arrive pas Ă me souvenir, j’espère que cela va me revenir. Si cela ne me revient pas, j’aurai laissĂ© un moment de grâce s’Ă©vaporer, je n’aurai pas Ă©tĂ© Ă la hauteur de l’instant.
Je suis passĂ© chez Mariage frères avant. Je conseille Ă tous ceux qui disent non merci Ă la mousse au chocolat mais reprennent volontiers de la tarte aux fraises : « BolĂ©ro ». C’est un mĂ©lange d’abricots, de pĂŞches et d’autres trucs (rien Ă voir avec les fraises me direz-vous, et pourtant si, quelque part, tout a Ă voir avec les fraises).
Repli vers Bastille. Vernissage d’une exposition collective chez Mircher en passant, mais ni Nazanin (en Corse) ni RaphaĂ«l (en Suisse) ne sont lĂ . Eric m’offre un jus de pamplemousse et me demande si j’ai des nouvelles d’Astrid. Eric est très gentil. Dire qu’il m’a fait peur pendant plusieurs annĂ©es avant que j’ai pu le connaĂ®tre un peu. La distance dĂ©forme Ă peu près tout n’importe comment. Non, justement, je n’ai pas eu le temps de revoir Astrid, plusieurs fois je l’ai regrettĂ©, plusieurs fois j’ai failli l’appeler, mais j’ai laissĂ© passer les jours. Revoir Astrid, c’est un beau projet. Je lui tĂ©lĂ©phone la semaine prochaine. Eric me montre le carton de l’exposition Gilbert&George chez Ropac. C’est maintenant, Ă cĂ´tĂ©, ne la rate pas, j’y vais.
Ils sont lĂ , je me retiens de les photographier avec mon tĂ©lĂ©phone, tandis qu’environ six personnes ne se gĂŞnent pas. Ma pulsion photo-mimĂ©tique (maintenant cĂ©lèbre) est dure Ă combattre. Je jette un coup d’oeil sur l’exposition et, comme Ă la Tate il y a deux ans, je trouve qu’il y a beaucoup trop d’oeuvres accrochĂ©es, ou pas assez. Pas les avantages du baroque et tous ses inconvĂ©nients. Mais sinon les oeuvres elles-mĂŞmes fonctionnent bien, Ă©videmment. Eh puis qui suis-je pour critiquer ces deux cadors ? Je pars, sans descendre mater au sous-sol les dessins de Tony Cragg. Tony Cragg j’en ai marre, et tout le monde aussi j’ai l’impression. Mais qui suis-je pour critiquer ce vieux cador ? Un type qui traĂ®ne dans Paris.
Je croise Patrick très bien habillĂ©. Nous voyons passer une fille d’Ă peine dix-huit ans somptueuse, dans un style irlandais blond roux virginal, et paf ! petit Ă©change de points de vue sur le dĂ©sir des corps jeunes, ou vieux, selon que l’on vieillit ou que l’on rajeunit. AAAAh ça y est !!! Je me souviens de ce qu’a dit Nane !!! C’Ă©tait Ă propos de VĂ©ronique Courjault (la salope qui a Ă©touffĂ© ses bĂ©bĂ©s Ă la naissance et les a mis au congel. La salope qui va faire maxi cinq ans de prison alors que les experts ont affirmĂ© qu’il ne s’agissait pas de dĂ©nis de grossesses.) Nane a dit : « Elle a rĂ©alisĂ© le rĂŞve de toute mère, celui d’avoir pour l’Ă©ternitĂ© des enfants ni vivants ni morts, des enfants Ă l’abri de tout ». Eh lĂ mes amis, quand vous entendez ça, vous vous dites que ça vaut toutes les autorisations de dĂ©couverts Ă la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale. Vous ĂŞtes un chasseur de papillons ravi.
Je quitte Patrick, j’achète une robe japonisante Ă fleurs Ă ma fille dans une boutique branchĂ©e, je rentre Ă la maison, je dis : « Vous n’allez pas me croire, j’ai rencontrĂ© la princesse des fleurs ! Elle m’a demandĂ© si j’avais une petite fille, j’ai dit oui et elle m’a donnĂ© une robe pour elle ! ». B* a les yeux Ă©carquillĂ©s, elle me dit « Tu ouvres le paquet ? Cela m’intĂ©resse. » La robe est trop grande mais je vais regarder B* grandir dedans. Tout est trop grand au royaume des fleurs.
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