Un beau voyage


31 juillet 2009 23h 49

Un beau voyage

Aujourd’hui Sarah au métro. Cela va me faire bizarre demain quand personne ne m’y attendra.

Elle me conseille d’exposer « Le bosquet de Vénus » en septembre, malgré les réserves de Jeanne que je lui confie. Elle n’est pas d’accord. Moi cela m’avance moyennement dans la mesure où je suis un garçon facilement déstabilisé, persévérant mais sensible aux contradictions. Ma femme me compare à un culbuto. Je préfère la métaphore du roseau pensant mais jamais personne n’a eu l’idée de m’y comparer (les gens manquent terriblement de rigueur).

Ensuite séance de shooting. Je veux envoyer une photographie plutôt qu’un carton à mes adorateurs de l’ancien monde, collectionneurs et esthètes sans mail. Une photographie en nombre très limité donc, qui sera immédiatement collector (n’en doutons pas). Une photographie idéalement un peu étrange, intime, propre à susciter la curiosité nécessaire pour se déplacer dans Paris un lundi soir (il ne suffit pas de promettre du jambon d’Aoste aux amateurs d’art). Je les chouchoute mes « special persons » (comme dit Sarah qui parle l’anglais comme elle cuit le cookie au citron, c’est-à-dire à la perfection). C’est d’ailleurs Sarah qui shoote. Au final nous hésitons entre la IMG_0205 et la IMG_0218. Donnez-nous votre avis, tout se décide ces jours-ci.

Bon, nous finissons comme d’habitude à « La broche d’or, Rôtisserie ». La situation est grave, je suis en train de leur faire faire fortune. Une autre photo de nos assiettes ? Vraiment ? Bon, d’accord, mais c’est la dernière :

La broche d'or

Puis Sarah s’en va (c’est toujours là que les gens s’en vont. Est-ce la faute du repas ?). Je m’en retourne un peu fatigué à l’atelier où j’essaie quinze petites stratégies pour achever mes lutteurs turcs, sans succès. Je m’en retourne vaincu une nouvelle fois… mais je suis un culbuto, ne l’oublions pas. Alors demain je serai encore là. La peinture me dis-je, quoi qu’il en soit, ma playlist à fond dans les oreilles, c’est comme un beau voyage :

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30 juillet 2009 18h 55

Les autres plaisirs

Chouette journée. Pas finie mais déjà chouette.

Je récupère Caroline au métro. Ces temps-ci un monde fou fait le voyage jusqu’à mon atelier, que des gens bien. Je lui présente plusieurs toiles puis mon grand Nicolas Sarkozy, « son » tableau. Nous parlons de plateformes de publication en ligne, de province et d’Algérie.

Puis téléportation au petit snack près du métro, poulet, tagliatelles à l’ail, courgettes farcies, tartelette à la framboise. La discussion ne faiblit pas et nous atteignons 16h sans nous en rendre compte. Alors nous rentrons ensemble. L’évocation des salons du XVIIIème et des lectures performancées d’Angot à la Colline sur nos strapontins terrorise les deux jeunes adolescentes avachies qui engloutissent 6 barres de Kinder Buéno White en 4 stations en face de nous en nous dévisageant. Elles ne savent pas pour les autres plaisirs.

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28 juillet 2009 0h 57

Une vie modeste

Journée commencée à l’atelier avec Carole (qui n’avait pu venir finalement la semaine dernière).

Je la raccompagne au métro et je vais manger des « spaghettis à la saucisse » dans une sorte de petit snack-cafétéria, pas minable mais franchement pas classieux, en face du supermarché Casino. Je finis mon menu à 9,5 € sur une tarte aux pommes très correcte servie dans une petite assiette bleue.

La tarte aux pommes

Je dis « au revoir » on me répond « merci monsieur ». Retour à l’atelier mon sac plié à la main. Mon short est troué à l’entre-jambes, c’est très gênant. Je passe sous un pont crasseux, le RER au dessus passe pile-poil à cet instant, je sursaute, l’eau en flaques noires à enjamber frisonne et pue. C’est le mauvais tronçon, celui qui sépare Maison-Alfort d’Alfortville. C’est la frontière.

Mes lutteurs turcs me donnent toujours du mal. Est-ce une bonne idée d’avoir titré le tableau avant de l’avoir fini : U populu corsu ? Je n’en suis plus très sûr. Cela ressemble à un gag, ce qui n’était pas l’effet recherché.

La vieille du grand immeuble me regarde à nouveau peindre torse nu. Il fait chaud, elle me gêne. Je mets la musique à fond, Britney lap-dansant Radar, voici l’antidote. Soudain, j’ai honte d’écouter cet album, à tue-tête qui plus est. La vieille a gagné la bataille de l’attention, tout est perdu.

Demain j’essaierai de faire un petit arc-en-ciel englobant la moitié de la tête de mon premier turc. Pour Aujourd’hui mieux vaut lâcher l’affaire.

Une fois rentré, je suis content qu’il reste une bouteille de Badoit Rouge. Habituellement, quand je veux boire de la Badoit Rouge, il n’en reste plus. Il faut descendre en chercher, je ne descends pas, je reste frustré de ma Badoit Rouge, je bougonne, la soirée est gâchée. Là non, c’est bon, il y a de la Badoit Rouge.

La Badoit Rouge

Ce soir nous n’avons pas écrit avec Eloïse. Nous avons fait l’amour puis nous avons parlé du courant physiologique en peinture tout en mangeant des Pailles d’Or. Il est écrit que tout nous sera repris, aussi je persévère à vivre une vie modeste, qui en définitive m’offre tout.

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25 juillet 2009 19h 04

L’anniversaire idéal

Voilà. 37 ans. Cela ne fait rien, ce n’est pas grave, c’est même très bien.
En juillet pas grand monde, les copains font du surf aux Açores.
Eloïse a déniché un pâtissier meilleur ouvrier de France. Nous avons baissé le store complètement pour impressionner petit-E*, lui faire le coup des bougies magiques dans les meilleures conditions.

Anniversaire

Une fois repu, traînant sur le web, je suis tombé coup sur coup sur une chorale amateur émouvante, qui m’a fait pour la première fois regretter de ne pas m’appeler Charlotte (1), et sur la parfaite mise en scène d’un rêve que je fis de façon récurrente durant l’année 1978 et qui, dans mon esprit, figurait l’anniversaire idéal (2) :

1.

2.

Ce soir je ne pourrais même pas compter mes amis virtuels, puisque je n’ai plus de compte Facebook. Là encore, ce n’est pas grave, je crois bien savoir ceux qui tiennent à moi de toute façon.

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22 juillet 2009 19h 36

Mehdi Chekireb

Ce n’est pas toujours une grande idée d’aller se balader dans un cimetière.

Aujourd’hui je suis tombé sur la tombe du petit Mehdi, mort environ un mois après être né, en août 1982.

Il y avait tellement de petites plaques en porcelaine que j’ai imaginé parfaitement ses parents revenir chaque année à cet endroit du sort. Ce qui était étrange, c’est qu’elles étaient toutes sales, et il y avait une sorte de compost de feuilles mortes tout autour de la tombe. Puis j’ai aperçu les noms de ses parents, morts en 1998 le même jour et enterrés là eux aussi. Plus personne n’est venu par la suite. Il y a toute la petite famille Chekireb là-dessous, sous une forêt kitsch-gothique de cris d’amour suspendus.

La tombe de Mehdi Chekireb

J’ai dit à B* qu’ils s’étaient retrouvé au paradis et cela m’est apparu à la fois comme la meilleure chose à dire et une grande vérité. Nous sommes allés ensuite poser un petit caillou sur la tombe de l’ami Proust. Impossible d’aller réciter « L’étoile a pleuré rose » à Arthur Rimbaud, ce con est enterré à Charleville.

Rentrant, je n’ai pu m’empêcher d’aller relire rapidement ce paragraphe qui a tant compté dans ma vie : « Deux ans environ ou dix-huit mois après les événements qui terminent cette histoire, quand on vint rechercher dans la cave de Montfaucon le cadavre d’Olivier le Daim, qui avait été pendu deux jours auparavant, et à qui Charles VIII accordait la grâce d’être enterré à Saint-Laurent en meilleure compagnie, on trouva parmi toutes ces carcasses hideuses deux squelettes dont l’un tenait l’autre singulièrement embrassé. L’un de ces deux squelettes, qui était celui d’une femme, avait encore quelques lambeaux de robe d’une étoffe qui avait été blanche, et on voyait autour de son cou un collier de grains d’adrézarach avec un petit sachet de soie, orné de verroterie verte, qui était ouvert et vide. Ces objets avaient si peu de valeur que le bourreau sans doute n’en avait pas voulu. L’autre, qui tenait celui-ci étroitement embrassé, était un squelette d’homme. On remarqua qu’il avait la colonne vertébrale déviée, la tête dans les omoplates, et une jambe plus courte que l’autre. Il n’avait d’ailleurs aucune rupture de vertèbre à la nuque, et il était évident qu’il n’avait pas été pendu. L’homme auquel il avait appartenu était donc venu là, et il y était mort. Quand on voulut le détacher du squelette qu’il embrassait, il tomba en poussière. « 

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21 juillet 2009 22h 48

Jesus to a child

En 1983, Valérie F-F était amoureuse de Georges Michael. Mais je ne lui en veux pas.

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20 juillet 2009 20h 14

Speed dating

Atelier. Une journée passée sur environ 15 cm2. J’espère que ça en valait la peine mais je ne suis pas sûr.

J’apprends l’existence dans la bouche de Perec du terme « romantouze » pour qualifier l’impératif de narration du roman classique. A vérifier tout de même.

Dans quelques minutes, je commence ma dictée à Eloïse. Quelque chose d’écrit selon l’humeur, une convalescence du manuscrit qui m’a volé deux ans et dont personne ne veut.

Dans la série bonnes nouvelles, j’ai reçu la lettre de refus d’Actes Sud. Mon conte pour enfants ne convient pas. Je me fais l’impression de participer à un grand speed dating un peu sordide, mais où tout est question d’amour et de fiction.

Au boulot.

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19 juillet 2009 20h 31

La basse fosse

Toujours pas de nouvelles de Facebook.

La réactivation de mon profil me semble mal barrée. Cela m’a donné le temps de réaliser combien le web se structure en dehors de toute instance de recours. Chaque site de cette ampleur fonctionne comme un état indépendant, comme la Corée du Nord en l’occurrence. Subtilité, terrible efficacité du « droit de vue et de sabord » en regard de l’ancien « droit de vie et de mort ». Je n’ai plus droit à « mon profil », les groupes ou pages que j’ai créés ont été privés de leur administrateur et l’on a proposé à leurs membres d’en devenir administrateur à ma place. J’observe depuis le profil de ma chère et tendre les formes de ma disparition, d’en face. Il s’agit d’un rapt général, soudain et non justifié, de l’ensemble de mon activité sur le site, en dehors de mon profil lui-même cela va sans dire, des contacts dont on me prive et de toute ma correspondance via Facebook, à laquelle je n’ai plus accès. Rien ne m’appartenait en fait, je le découvre. L’Etat canadien attaque Facebook car cette chère entreprise conserve même après désactivation des comptes toutes les informations qu’ils contenaient. Chers amis, vous êtes prévenus.

Twitter ne représente pas une alternative valable. C’est un système désagréable et frustrant qui limite les interventions à 140 signes. Un truc pour la banlieue. J’attends et je cherche autre chose. Or plus j’attends, plus ma « désactivation », dont tout le monde se fout, me semble scandaleuse. Qu’elle ait été mise en place sans avertissement, sans motif (puisque je n’avais ni posté de photos pornos, ni spammé, ni abusé de requêtes en amitié), et qu’aucune réponse n’ait été apportée à mes multiples mails de protestation en trois semaines, n’est pas le problème. Le hic, c’est l’empire délirant du petit soviétique anonyme qui se cache derrière cette décision.

En tout cas, si cela continue, je vais me fendre d’un petit article sur Rue89 narrant ma mésaventure, quelque chose de travaillé, de tranchant, histoire d’illustrer à ma manière le concept très militaire de « menace asymétrique ».

A côté de ça, la journée d’hier s’est dispersée en sadisme anti-guêpes, supervision de l’alimentation des canards du bois de Vincennes et reconstitution, sur les indications de son papa, d’un tableau de Poussin par B*, qui décidément subit de plein fouet un déterminisme social cocasse par sa monomanie.

Mort aux guêpes

Coin coin !

Poussin

Après la promenade, nous sommes tous retournés chez Valérie et Bourelem pour un dernier café. Une partie de poker est prévue début août. Isabelle a répété plusieurs fois qu’elle ne savait pas très bien jouer et nous nous sommes regardés en souriant discrètement. Tous étaient partants pour des caves à 50 euros. En dehors d’Isabelle, particulièrement illisible et très dangereuse, ce sera du gâteau.

Aujourd’hui, longue séance à l’atelier pour finir le tableau de Carole Z. qui vient demain. Impossible d’atteindre la sensation d’achèvement, frustration maximale, stade du casse-tête. Je suis revenu convaincu une énième fois qu’il n’y a qu’une seule temporalité valable, celle du tableau, pour finir un tableau « dans les temps ». Parfois j’envie Viallat et ses bâches pathétiques recouvertes de petits haricots de couleur indigents, qu’il vend plusieurs centaines de milliers d’euros à l’Etat au travers de tous les canaux institutionnels possibles et imaginables depuis 40 ans (il n’est pas le seul), puis je me souviens que nous ne faisons pas le même métier, que nous n’obéissons pas à la même vocation, je m’assieds et je reprends mon apnée dans l’eau noire de la toile.

Dans les couloirs du métro, un écho du feu d’artifice du 14 achève de donner à ce dimanche un caractère désespérément réaliste. Je repense à la semaine dernière, au sable, à la lumière du soleil qui s’éloigne déjà dans mon esprit aux langueurs de paquebot.

Changement à République

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18 juillet 2009 1h 01

L’insurrection qui vient

Un texte clandestin et gratuit, célèbre mais peu accessible, critiquable mais vraiment bien écrit, un texte qui pue une sorte d’intelligence très française, qui parfois fait peur mais qui brille.

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16 juillet 2009 20h 44

La fée des elfes

La fée des elfes

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