La basse fosse
Toujours pas de nouvelles de Facebook.
La réactivation de mon profil me semble mal barrée. Cela m’a donné le temps de réaliser combien le web se structure en dehors de toute instance de recours. Chaque site de cette ampleur fonctionne comme un état indépendant, comme la Corée du Nord en l’occurrence. Subtilité, terrible efficacité du « droit de vue et de sabord » en regard de l’ancien « droit de vie et de mort ». Je n’ai plus droit à « mon profil », les groupes ou pages que j’ai créés ont été privés de leur administrateur et l’on a proposé à leurs membres d’en devenir administrateur à ma place. J’observe depuis le profil de ma chère et tendre les formes de ma disparition, d’en face. Il s’agit d’un rapt général, soudain et non justifié, de l’ensemble de mon activité sur le site, en dehors de mon profil lui-même cela va sans dire, des contacts dont on me prive et de toute ma correspondance via Facebook, à laquelle je n’ai plus accès. Rien ne m’appartenait en fait, je le découvre. L’Etat canadien attaque Facebook car cette chère entreprise conserve même après désactivation des comptes toutes les informations qu’ils contenaient. Chers amis, vous êtes prévenus.
Twitter ne représente pas une alternative valable. C’est un système désagréable et frustrant qui limite les interventions à 140 signes. Un truc pour la banlieue. J’attends et je cherche autre chose. Or plus j’attends, plus ma « désactivation », dont tout le monde se fout, me semble scandaleuse. Qu’elle ait été mise en place sans avertissement, sans motif (puisque je n’avais ni posté de photos pornos, ni spammé, ni abusé de requêtes en amitié), et qu’aucune réponse n’ait été apportée à mes multiples mails de protestation en trois semaines, n’est pas le problème. Le hic, c’est l’empire délirant du petit soviétique anonyme qui se cache derrière cette décision.
En tout cas, si cela continue, je vais me fendre d’un petit article sur Rue89 narrant ma mésaventure, quelque chose de travaillé, de tranchant, histoire d’illustrer à ma manière le concept très militaire de « menace asymétrique ».
A côté de ça, la journée d’hier s’est dispersée en sadisme anti-guêpes, supervision de l’alimentation des canards du bois de Vincennes et reconstitution, sur les indications de son papa, d’un tableau de Poussin par B*, qui décidément subit de plein fouet un déterminisme social cocasse par sa monomanie.
Après la promenade, nous sommes tous retournés chez Valérie et Bourelem pour un dernier café. Une partie de poker est prévue début août. Isabelle a répété plusieurs fois qu’elle ne savait pas très bien jouer et nous nous sommes regardés en souriant discrètement. Tous étaient partants pour des caves à 50 euros. En dehors d’Isabelle, particulièrement illisible et très dangereuse, ce sera du gâteau.
Aujourd’hui, longue séance à l’atelier pour finir le tableau de Carole Z. qui vient demain. Impossible d’atteindre la sensation d’achèvement, frustration maximale, stade du casse-tête. Je suis revenu convaincu une énième fois qu’il n’y a qu’une seule temporalité valable, celle du tableau, pour finir un tableau « dans les temps ». Parfois j’envie Viallat et ses bâches pathétiques recouvertes de petits haricots de couleur indigents, qu’il vend plusieurs centaines de milliers d’euros à l’Etat au travers de tous les canaux institutionnels possibles et imaginables depuis 40 ans (il n’est pas le seul), puis je me souviens que nous ne faisons pas le même métier, que nous n’obéissons pas à la même vocation, je m’assieds et je reprends mon apnée dans l’eau noire de la toile.
Dans les couloirs du métro, un écho du feu d’artifice du 14 achève de donner à ce dimanche un caractère désespérément réaliste. Je repense à la semaine dernière, au sable, à la lumière du soleil qui s’éloigne déjà dans mon esprit aux langueurs de paquebot.
Commentaires (3) [Permalien]







Mais… qu’est-ce que c’est que cette histoire ? J’étais sur le point de t’envoyer un message via Facebook et voilà que je découvre que tu t’es virtuellement volatilisé ???
« On » m’a volatilisé. Je ne me sens pas de créer un autre profil, alors j’attends une hypothétique réactivation de mon compte (mais ils n’ont répondu à aucun de mes mails). Ecris-moi à mon adresse perso (marc[at]molk.fr). J’irai quelques jours en août à Amsterdam mais sinon je suis à Paris et partant pour toutes les virées :). Bises.
tu pourrais venir sur Flickr, c’est super !
je prends plaisir à découvrir et lire ton blog, belle plume et très drôle en plus. Alors merci pour tout, bye