La vraie vie


25 août 2009 20h 24

La vraie vie

La vraie vie (celle qui n’a pas de secrets) personne ne peut la vivre longtemps. J’envie les fous qui disent tout, qui parviennent à faire croire qu’ils disent tout. C’est l’oeuvre de Christine Angot cette obsénité, cette discipline du blitz permanent. J’envie Christine Angot. D’aucun l’appellent hystérique, elle perd à chaque livre le trois quart de ses amis et le quart restant n’est jamais identique. A la fin cela doit faire un beau vide bien bleu, bien froid. Techniquement ce n’est pas une folle, c’est une fanatique. J’admire Christine Angot. C’est visiblement un être infréquentable, sans aucun égard, sans coeur, handicapée, une aveugle qui tire autour d’elle dès qu’elle entend coucou. J’ai mille reproches à faire à ces phrases, à ses livres, à ses longueurs, ses répétitions faciles, son insupportable narcissisme, mais son ambition, son ambition est indéniable. Son histoire de restitution de « la petite voix », c’est un vrai projet formel aussi. Ce soir, j’aurais besoin de lire du Christine Angot que je n’ai pas déjà lu, de l’inédit tout chaud, j’aurais besoin de la lire se débattre dans sa vallée des ombres à elle, cela me reposerait. Je vais écouter un peu de Liszt à la place. Je serais bien incapable de dire pourquoi mais ils sont dans l’absolu interchangeables.

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19 août 2009 15h 42

Solange

ça y est, ça me reprend. Nous rentrons tranquilles d’Amsterdam, il fait 33 degrés, volet baissé, climatisation, DVD Les demoiselles de Rochefort et paf ! (c’était couru) grande claque de romantisme, d’ultra-romantisme : vertige, admiration, angoisse. Il faut dire aussi que j’ai toujours eu un faible pour les rousses.

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11 août 2009 20h 08

Pique-nique

Les Buttes

Passe-moi la salade !

Est-ce bien raisonnable ?

J'adore la Badoit fraîche...

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10 août 2009 23h 35

On va tout casser

Bon, la carte « Sésame » du Grand Palais, il faut que je vous dise, c’est de la merde. 75€ pour un an mais si vous l’achetez en novembre, votre année s’arrête… fin août, et, pas d’exposition en août. La RMN c’est une catastrophe. Si tu n’es pas un retraité, ex-profession libérale, habitant l’hypercentre, tu n’existes pas, ils ne te « calculent » pas.

Du coup je propose à Martin « une ballade genre road movie dans Paris mais sans voiture ». Martin est un garçon à qui on ne la fait pas et il me reprend : « un foot movie en somme ». Oui, c’est ça, c’est très rigolo, c’est déjà parti au téléphone.

Je le récupère au pied de son immeuble et pour nous consoler des galeries fermées, des musées vides (Kandinsky j’ai déjà vu), nous partons en chasse d’une salle d’Arcade conséquente où nous pourrons dégommer du robot hostile à la douzaine en équipe (les grosses machines avec deux énormes guns de l’espace qui répercutent les vibrations). La salle de Réaumur a été remplacée par un magasin de fringues minables, celle en face du centre Pompidou est fermée de chez fermé (elle a l’air à l’abandon malgré les machines que l’on aperçoit de l’extérieur). La troisième plus haut est introuvable un moment, c’est devenu un restaurant de chaîne. Les salles d’Arcade ne passeront pas 2010, Internet les a tué. Snif.

Un petit crochet par Saint-Eustache où je veux faire partager à mon buddy mon émotion. L’installation d’un artiste belge (dont j’ai oublié le nom) à l’intérieur de la nef, constituée d’une chute de paillettes multicolores sur les vieux murs sur laquelle est projetée une croix lumineuse depuis une source invisible est magnifique. Elle était magnifique, elle a été remplacée par une tonne d’argile barbouillée de têtes grotesques en bas-relief, un truc à perdre toute espérance. Décidément, impossible de faire une promenade « Août 1999″ dans le Paris d’aujourd’hui, c’était mieux avant.

Alors nous allons nous retourner la truffe au Fumoir. Martin avec un truc au gingembre et à la carotte (véridique !) et moi avec un shwepps. Nous abordons différents sujets qui vont de la défense de l’Occident à la beauté des femmes en passant par Nietzsche (ce qui est assez cohérent, je m’en rends compte).

Puis direction Ladurée (notre arrêt au stand) et macarons. Nous allons ensuite foutre un souk pas possible à la Hune. Martin hurle, je renverse des tables, nous déchirons plusieurs monographies de grande valeur aux cris de « Anarchie vaincra ! ». Interloqués, les libraires finissent nous le voyons par téléphoner aux flics alors nous nous carapatons fissa. Planqués dans le Monoprix du bas de la rue de Rennes, nous entendons passer les sirènes tandis que nous faisons le plein de provisions… pour le goûter !

Place Saint-Sulpice un banc, un banc sur lequel peut-être personne n’a jamais grignoté de morceaux de noix de coco fraîche, ce que nous faisons (le Monoprix du bas de la rue de Rennes n’est pas un Monoprix de banlieue).

Martin mange de la noix de coco

L’endroit est apaisant, nous sommes à cinquante mètres du commissariat, quelle ironie !

Levant les yeux j’aperçois les monuments historiques tenter de ravaler la tour Nord de l’Eglise Saint-Sulp. J’aimerais que l’Etat prenne soin de moi comme ça.

La tour Nord

La fontaine toute proche nous semble à l’origine de la paix environnante, nous approchons avec le projet de capter, de capturer la magie de l’eau. C’est difficile.

Je dois aller réceptionner Gare Montparnasse les minis et leur mère à 18h. Devant la boutique YSL de la place nous nous quittons (« A demain ! »). Rageur je donne un grand coup de pied dans une chaise du café de la mairie en criant « Vive les noix de coco ! ». La rombière qui était sur la chaise tombe en hurlant, les serveurs rappliquent, Martin détale dans un sens, moi dans l’autre. Pendant deux cent mètres, j’ai bien cru que je n’allais pas pouvoir me débarrasser du moustachu de vingt ans qui me coursait son plateau encore sur le bras, mais à la hauteur du cinéma l’Arlequin je saute dans le 92 in extremis et je cours lui faire un doigt depuis l’arrière du bus. Un type me regarde de travers, je le gifle, je n’aime pas les torves dans les bus, plus personne ne moufte dans le 92, ça roule pour moi.

Ma fille grimpe dans mes bars en s’écriant : « Mon petit papa chéri ! », réplique très Petite maison dans la prairie qui me va très bien tant j’aime à me penser comme une sorte de Charles Higgles moderne, une certaine roidesse en plus.

Dans le taxi, je joue à mon jeu préféré : « Ecoute-moi bien chauffeur, je suis ton GPS à partir de cet instant… ». Bains, pyjamas, manger, histoires, dodo, discussion avec Eloïse à propos de Saint-Florent. Demain pique-nique aux Buttes-Chaumont…

On va tout casser.

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9 août 2009 21h 53

Jour de pêche

Dimanche de relâche. Encore le cimetière, je passe ma vie au cimetière.

Un vieux tenait le banc de l’esplanade et il y avait plein de monde sur la pelouse. Je me suis assis contemplant les cimes pointues des cyprès géants surgirent de la masse des platanes en contre-bas. Au milieu des stèles, au soleil, c’était vraiment génial. Un couple d’américains a murmuré « coool » en passant. Puis j’ai aperçu une petite barrière métallique à cent cinquante mètres, dans l’ombre, de celles qui servent à contenir les fans de Heavy Metal au Zénith. Je ne pouvais plus me l’enlever du paysage, l’ensemble était gâché. La vie d’une esthète nonchalant est émaillée de ces petites contrariétés inhumaines, alors je suis parti. J’ai acheté quatre livres de la collection « mini Philo Z enfants » (Nathan) à la librairie d’en-bas. Illustrateurs de merde mais concept puissant et textes troublants, même pour un papa qui a philosophé quand il avait des cheveux sur la tête.

Assez mornement je me suis rabattu sur internet, avec quelques bonnes pêches, pour finir l’après-midi :

1.

2.

3.

bentrovatoblog.com/

Ce soir je vais essayer d’avancer mon nouveau manuscrit.

J’ai promis à mon notaire (maître Bussières) aussi un testament, mais je n’arrive pas à m’y mettre.

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8 août 2009 20h 04

Nouveau rayon

Réveil comme un avion s’écrase, à 13h23.

Eloïse et les minis sont à Bordeaux pour une semaine, aussi depuis lundi je travaille très bien. L’atelier est un four, la mémé est toujours à son balcon à me mater mais je m’y suis fait et certaines après-midi sahariennes j’envisage sérieusement d’enlever le bas.

J’ai décidé qu’en fait ce n’était pas la tête de mon premier lutteur le problème (le vrai problème), mais le rayon qui s’échappe de la soucoupe volante dans le fond. Alors je l’ai poncé (2 heures) avec amour, histoire que le repentir soit indécelable in fine. Ce nouveau rayon achevé, une solution évidente surgira pour la tête du lutteur, qui portera la toile à son faîte, qui rendra hommage à tous mes efforts, et je dévalerai ce toboggan poïétique en ricanant (je n’ai pas réussi à caser « paronomase » dans cette phrase, à mon grand regret).

Le rayon rapé

Casse-gueule cette histoire d’ovni, mais il faut la tenter. D’ailleurs je ne suis pas le premier parait-il (Céline Berger, camarade peintresse, m’a fait découvrir cette vidéo incroyable, à mi-chemin du gag et d’un ésotérisme noble) :

J’ai aussi verni une grande toile très cucul, absolument réussie à mon avis et, regardant le sol par hasard, je me suis demandé si j’étais le seul peintre dans cet atelier.

L'autre peintre

En rentrant je passe au « Géant des Beaux-Arts » : Quatre pinceaux 30€. La tentation d’en voler huit m’a traversé l’esprit mais j’ai reçu une éducation stricte et particulièrement métaphysicienne qui, en tout, me dessert (et puis j’ai peur de la prison, ma seule peur véritable, l’enfermement, bien plus terrifiant que la mort).

Une heure plus tard je suis récompensé, clin d’oeil de l’immanence, la fille du restaurant japonais glisse en plus de mon chirachi une boîte de makis dans mon sac plastique. Je lui indique son erreur mais elle répète « cado ! cado ! ». Trois solutions : soit la théorie du karma, des chacras (Manipura en l’occurence) et tout le tintouin est valide, soit j’ai une touche pas possible avec la serveuse du restaurant japonnais, soit les makis qu’elle m’a refilé sont dans sa vitrine depuis octobre 2006. Je regarde dans le sac, ils ont l’air bons.

Avant d’entamer mon repas en surfant sur Facebook (pauvre petite vie que la mienne), le projet de ranger mon bureau se présente quelques secondes à mon esprit mais s’évanouit immédiatement au profit d’une partie de poker en ligne (« Pixelboss » sur Winamax, c’est moi). Brelan de saumon, me voilà.

Ranger ?

Il faudrait que je réponde aux mails de mes amis mais je le ferai cette nuit. La nuit mon vaisseau se pose.

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5 août 2009 21h 44

Deux whisky-coca

Ce soir je relis Vie et mort de la jeune fille blonde, et l’humour est intact, l’émotion transversale, je me félicite d’avoir tanné les libraires d’en-bas avec Jaenada.

Elles ont dit « Ah oui mais il est branché ! » et cela m’a presque vexé, personnellement je veux dire. J’ai répondu « Ben alors ? Ce n’est pas une raison valable pour ne pas le lire ! ». Isabelle et Claudine s’en foutent royalement de ce que je peux dire, je ne suis prescripteur de rien à leurs yeux. Je me souviens à leurs débuts de leur peur un peu ridicule et des précautions qu’elles prenaient en m’interceptant à la sortie de l’immeuble sous divers prétextes. Je n’étais rien, je ne suis rien, mais elles devaient se dire quelque chose comme : « Oula ! Nous tenons un auteur, il est là, à portée de main ! ».
Il faut dire que je suis une star dans le quartier. En un seul livre, publié dans un maison d’édition somme toute d’une taille modeste, je suis devenu « l’écrivain des alentours ». La boulangère, l’adjointe au maire, le kiosquier, le directeur du magasin Bouygues Telecom (je suis chez Bouygues Telecom), tous m’ont lu. A la crèche de mon fils, à l’école de ma fille, pas une maîtresse, pas un gardien qui ne soit au courant des détails intimes de mon existence, puisque j’ai eu la bonne idée de les étaler, et ma femme, la passion publicitaire à l’âme, la mauvaise idée d’en parler à tous ceux qu’elle croisait. Je ne m’en plains pas, regardez, je frime, ici comme dans la rue. C’est un pied pas possible, c’est presque trop bon. D’ailleurs je les adore tous.
Je vis dans un des derniers quartiers de Paris où l’on se dit bonjour sans se connaître, juste parce que l’on s’est aperçu souvent, que l’on est du coin, situé. La plus mignonne à ce jeu, c’est la serveuse du restaurant japonnais (elle est chinoise). Une fois nous sommes restés des deux côtés du passage clouté au feu rouge à nous faire de petits signes de coucou-sourire pendant facilement 30 secondes.

Bon, donc Jaenada. Nous sommes friends sur Facebook et nous avons échangé quelques mails. Il a lu mon livre (que je lui ai envoyé) et m’a dit avoir « beaucoup aimé ». C’est un peu minable cette façon que j’ai de vouloir exister pour les auteurs que je lisais avant d’écrire, mais je me suis souvent rendu compte que, dans la vie, on gagnait souvent à être un peu minable. C’est une sorte de passage secret vers le coeur des autres. Ils se disent : « Ah ben celui-là ! Il a pas eu peur d’être un peu ridicule, et tout ça à cause de moi ! ». Souvent ils continuent sans doute avec : « Ce doit être un gentil garçon ou un type bizarre, peut-être dangereux… » et je passe alors à la fois pour un idiot et un serial killer, mais enfin, il faut ce qu’il faut, on a pas le temps, tout ne doit pas reposer sur la reine coïncidence. Alors je triche un peu.

Je me relis et je vois bien que je me suis laissé emporté. Je ne suis évidemment pas un ami de Jaenada. Mais il me connaît. Je suis une connaissance de Jaenada, un fan-confrère, une espèce qui normalement ne devrait pas exister mais voilà, j’existe. Je crois que je n’aurais pas les tripes suffisantes pour être son ami. Je ne me sens pas assez « rocker ». Il est pote avec Virginie Despentes. Qu’est ce que tu peux offrir après ça en terme de transgression ? Rien qui vaille tripette (j’avais adoré le premier paragraphe de King Kong Théorie mais moins la suite, pour tout un tas de raisons idéologiques. Mais tout le monde s’en fout de ce que je pense.). Je sais aussi qu’il boit du Whisky (Jaenada). Et moi, depuis ma mère alcoolique, j’ai tendance à ne boire que des trucs non fermentés, qui font grossir mais pas vomir, roter mais pas hurler. On boirait quoi ensemble ? Deux whisky-coca ?

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4 août 2009 22h 44

Facebook m’a tué

Définir comme photo de profil ?

4 juillet 2009 : Connexion à mon compte facebook impossible. Un message m’apprend qu’il a été « désactivé » par un « administrateur ».

4 > 26 juillet 2009 : J’envoie de multiples mails aux adresses indiquées comme recours sur le site, et, entre autres, à disabled@facebook.com. Je ne reçois aucune réponse. J’ai affaire à ce même silence qui n’a pas pris la peine de m’avertir de l’imminence de ma désactivation, ni de la nature de mon crime.

26 juillet 2009 : Las d’écrire à un mur, je me résouds sur les conseils d’un ami qui a connu la même mésaventure à créer un nouveau compte, et je redemande à tous mes amis d’être mes amis, me plaignant dans mon statut d’avoir perdu les échanges de mails et les photographies que contenait mon ancien compte, sans possibilité de les récupérer.

2 août 2009 : Mon statut est effacé « par magie » systématiquement tout les deux jours. Mon nouveau compte buguerait ? J’insiste et adopte pour nouveau statut ceci :

« Voici mon nouveau compte facebook, après désactivation du premier par la « Team Facebook » (sans avertissement, sans explication et sans possibilité de récupérer échanges de mails et photos). Ce statut explicatif disparaissant tout seul tous les deux jours, j’imagine que rien n’échappe à Big Brother, et que l’envie de me faire disparaître une seconde fois doit démanger le petit nettoyeur anonyme chargé de mon cas. »

3 août 2009 : Je reçois un mail (enfin !) de Guy, de la « Facebook Team » :

« Bonjour Marc,

Vous avez créé une Page en infraction à nos Conditions d’utilisation et cette Page a donc été supprimée. Les Pages Facebook ne peuvent être créées que pour la promotion d’une activité commerciale, politique ou caritative (telle que associations à but non lucratif, campagnes politiques, groupes de musiques ou personnalités) et uniquement par une personne dûment agréée par l’entité ou la personne représentée sur la Page Facebook. Lorsque vous créez une Page Facebook, vous indiquez avoir reçu l’autorisation de la personne ou de l’entité représentée dans cette Page Facebook. Les Pages au contenu incitant à la haine ou obscène (entre autres) sont interdites. Nous supprimons également les Pages faisant la promotion de la violence, de l’intolérance ou du racisme, à caractère menaçant ou portant atteinte à une personne ou un groupe de personnes. L’abus des fonctions de Facebook pourra entraîner la désactivation de votre compte.

En cas de questions supplémentaires, vous pouvez consulter les conditions applicables aux Pages Facebook, à l’adresse www.facebook.com/terms_pages.php.
Nous vous remercions d’avoir contacté Facebook.

Guy
User Operations
Facebook »

Est-ce l’effet de l’excellente publicité que je leur fais auprès de mes amis ou la conséquence de mon seizième mail, le plus putassier (je vous épargne les quinze premiers), envoyé le 24 juillet 2009 :

« Bonjour,

Suite à la désactivation de mon compte sans aucune raison légitime, je tiens à vous informer de ce que vous m’avez fait. J’ai raté l’enterrement du père de ma première femme car elle était dans un tel état qu’elle ne m’a pas appelé. Son frère, sur Facebook, devait me joindre mais n’a pas pu. Maintenant, ce que je dois gérer dépasse largement votre petit jeu sordide. Cela fait un mois que je vous écris sans réponse. Si j’avais à la rigueur abusé de mon compte pour je ne sais quoi, je comprendrais, mais là c’est véritablement l’arbitraire de je ne sais quel demeuré derrière son petit écran qui s’exerce sans contrôle. Ma tristesse passe aujourd’hui mon amertume. Vous auriez dû l’entendre pleurer au téléphone, mais cela vous aurait sans doute fait plaisir.
C’était mon dernier mail.

Marc Molk »

Toujours est-il que je réponds à Guy illico presto ceci, nous sommes le 3 août au soir :

« Cher Monsieur,

Je ne comprends rien à votre réponse. D’abord ce n’est pas « une page » que vous avez supprimée mais mon compte (sans me prévenir ni m’expliquer quoi que ce soit). Ensuite je n’ai jamais créé la moindre page avec un contenu pornographique ou sexuel, jamais de racisme ou autre délire. J’avais créé une page sur Marcel Pagnol, un grand écrivain français, une sur Gaston Couté, un grand poète français, une sur Laurent Campellone, un grand chef d’orchestre (un ami de 20 ans), et d’autres, je ne me souviens plus, mais qui toutes étaient des pages culturelles auxquelles des centaines de personnes avaient d’ailleurs souscrit. Si vous supprimez demain les comptes de tous ceux qui créent des pages sans être les ayant-droits d’une célébrité, cela va faire un grand ménage ! Qui plus est où cette contrainte est-celle mentionnée quand on créé une page ???!!! Si vous pensez que j’ai lu et que j’ai appris par coeur les conditions d’utilisation de Facebook (qui changent en douce selon l’humeur des dirigeants tous les quinze jours), vous vous trompez. Je me suis contenté d’avoir une attitude normale, selon le sens commun universel, et je le répète, jamais je n’ai ni fait apologie de la violence ni publié des contenus pornographiques ou sexuels, ni abusé des pages que j’avais créées.

Alors je ne comprends toujours pas pourquoi vous avez désactivé mon compte. J’aimerais que vous me disiez de quelle page vous parlez, son nom, ou que vous réactiviez mon compte, car il contient des amis, des mails et des photos auxquels je tiens beaucoup, et que je ne pourrai pas récupérer autrement.

Je vous invite également à vous poser la question de votre « process de désactivation » sans avertissement et sans explication. Est-ce la meilleure façon de s’y prendre ??? Non. Il s’agit là d’un disfonctionnement majeur de votre site, dont la publicité se fait grondante sur le net, et qui lui nuit bêtement. Je n’ai rien fait, je le maintiens et je vous le réaffirme, de répréhensible. J’ai utilisé Facebook d’une manière tout à fait urbaine et conviviale. Les pages que j’ai créées étaient toutes à but culturel et valorisaient le contenu de Facebook. Si pour cela j’ai été désactivé alors votre politique de désactivation est délirante. Quoi qu’il en soit, votre façon de faire dénote un mépris pour l’utilisateur que je suis et un arbitraire inacceptables.

Je vous réitère ma demande de retrouver mon compte, et si je peux me le permettre, je vous conseille fortement de revoir vos façons de faire, qui bafouent les droits tacites des internautes. Vous vous imaginez peut-être faire du dressage ou quelque chose d’approchant. Vous appliquez sans doute un truc à la californienne qui prescrit la chaise électrique à la première récidive du type qui traverse en dehors des clous. Mais vous ne faites que créer un capital invisible monumental de ressentiment à l’égard du site, inutilement et surtout injustement. Ce que vous allez dresser, ce sont des milliers de personnes contre vous à ce jeu-là. Et Internet étant en perpétuelle mutation, personne ne peut prévoir les conséquences de ce « buzz obscur » à moyen terme. Prenez donc ma remarque comme un feedback précieux au lieu de la mépriser. Et rendez-moi mon compte.

Cordialement,

Marc Molk »

Et là, mes chers paroissiens, Miracle ! Mon compte est réactivé ! Mon premier compte ! Ce que j’apprends non pas de la « Facebook Team » (décidément championne en RP) mais d’un ami, qui m’a vu soudainement apparaître en double dans sa friendlist et s’en félicite, un petit peu narquoisement je dois dire.

Je suis donc à l’instant où je vous parle l’heureux propriétaire de deux comptes Facebook, homonymes, qu’il est hors-de-question que j’actualise en parallèle !
Mais je me garderai bien cependant de supprimer le second, échaudé maintenant, et conscient qu’une désactivation arbitraire est toujours possible, si Guy digère mal son sandwich un matin ou s’il décide de se payer tous les profils de son secteur dont les initiales sont redondantes : MM, TT, XX (plus rare).

Cette péripétie m’a fait découvrir via Google et les forums que des milliers de profils étaient désactivés par semaine, des dizaine de milliers, noyés dans la masse. Et, je sais que certains trouveront la comparaison exagérée mais ils sont naïfs, m’est revenu en mémoire ce que disait à la télévision la mère d’un disparu chilien sa photo sur la poitrine. Elle parlait de l’indifférence des vivants.

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3 août 2009 21h 51

La grande cathédrale

Café à l’atelier avec Olivier et Aurélie. ça y est, c’est fait, mon atelier est devenu le salon parisien le plus couru, l’incontournable antichambre de la hype, le place to be de l’été. Je ne m’en plains pas mais cela me fait prendre un peu de retard, surtout lorsque ces amis m’expliquent que ce tableau que je crois inachevé est en fait « parfait comme ça » et que j’ai interdiction d’y retoucher. Cela me touche et me désole, à la fois parce que c’est un genre de compliment et parce que je n’en tiendrai pas compte. Bon, il faut être dur pour être respecté et je suis dur, tout va bien.

Ce soir j’avais rendez-vous avec des Estoniens. J’ai rencontré Liis, la plus belle Estonienne que la Terre ait portée (et Dieu sait que les Estoniennes sont belles). Les pays baltes, c’est quelque chose. Le pire boudin là-bas pourrait être mannequin Elite ici. Là j’ai perdu cinq dioptries à chaque oeil puis, tandis que je parlais (encore me direz vous) j’ai eu souvenance d’une cérémonie ancienne, vague, où tous mes amis étaient présents, mes parents aussi, et une fille très mignonne à mes côtés… Ah ! C’était mon mariage ! … Puis tout est revenu en torrent, les enfants, la maison, le crédit, mon année de naissance (j’ai oublié de préciser que l’estonienne a toujours vingt ans. Après vingt ans ils les mangent). Alors au revoir Estonie ! Adieu la Baltique ! Je m’en vais Babouchkette ! Le coeur en miette comme la grande cathédrale saint-petersbourgeoise lorsque les dernières flammes crépitantes aux ordres du soviet local finirent de consumer la charpente de sapin séculaire et que dans un bruit d’orque blessé l’édifice s’effondra. Adieu mon fantasme slave !

Comme je le rappelais récemment à un vieil ami, on n’a pas tous les jours vingt ans.

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1 août 2009 20h 14

Au téléphone

A midi je fais sortir des Russes du studio de mon père rue de Charonne. Ils sont très gentils, ils n’ont rien détruit, je leur rends leur caution.

Ils insistent pour que nous respections la coutume qui veut que l’on s’asseye tous un moment avant de quitter ce lieu, un lieu en général. Je m’assieds aussi, ce qui les fait beaucoup rire. Ils ne croient pas aux pratiques interculturelles, ils sont dans la véritable coutume, pas dans le folklore. Il ne croient pas que ces choses-là se partagent, et, au fond, ils ont raison. Assis je réalise qu’ils sont plus européens que moi, techniquement parlant.

Il fait très beau, très très très beau. Je cours m’enfermer dans une librairie. L’arbre à lettres / Bastille où je scanne la production des éditions La fabrique, singulièrement, authentiquement révolutionnaire. Je tombe aussi en arrêt devant le nouveau graphisme des éditions Zulma, somptueux, jouant à la fois sur la déclinaison de motifs décoratifs et l’aiguë de certaines formes rares. Une réussite totale, audacieuse, en terme d’identité et d’apparence, tout bêtement. Depuis Sabine Wespieser, des pans entiers du monde de l’édition sortent lentement de leur torpeur graphique. Il était temps.

Finalement je rentre au QG. Avec ce soleil l’atelier va se transformer en four dans une petite heure, cela ne vaut pas la peine. Dans le bus une fille laide terriblement sexy, une rareté. J’observe ses seins qui ballottent à la vue de tous sous un tee-shirt noir semi-ample qui laisse voir les trois quarts d’un soutien gorge crème de mémé. C’est l’été, le 61 pue la transpiration.

J’ai passé l’après-midi au téléphone et à envoyer des mails. Photoservice m’a fait payer le prix fort pour des photographies que je n’aurai pas à temps. J’ai exigé un « geste commercial ». Sans ma soeur manageuse terrible devant l’éternel d’équipes entières dans un grand groupe de mode, je n’aurais jamais acquis ce réflexe à la longue très lucratif.

Un chirachi thon/saumon plus tard me voilà.

Bon, je vous laisse, j’ai oublié d’appeler Becky.

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