On ne peut plus faire comme si


26 septembre 2009 14h 35

On ne peut plus faire comme si

Il y a des jours comme ça où le son est décalé par rapport à l’image, où toutes les cinq minutes le film s’arrête, bufferise puis reprend avant de geler encore. Et l’on est à la fois le spectateur et l’acteur de ce film, persuadé qu’il faudrait aller se recoucher mais pas suffisamment mystique, instinctif, jamais, pour le faire vraiment.
Alors souvent, comme un remède de cheval, je revisionne cet entretien de Camille Laurens, auquel je souscris intégralement, tellement intimement que cela me resynchronise, que cela répare ce qui clochait. Je ne suis plus seul. Il y a aussi une chaconne en ré mineur de Bach qui range ma tête à ma place, écoutée mille fois en boucle, mais je ne vais pas vous dire les secrets de tous mes tours aujourd’hui :

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23 septembre 2009 8h 15

l’hypothèse rationnelle

Plus jeune j’en avais voulu à Yvonamor Palix d’être aussi « agitée » durant ses vernissages, et de n’avoir pour moi que quelques mots gentils avec deux bises avant de s’envoler vers quelqu’un d’autre. J’étais un peu à côté de la plaque, elle n’y pouvait rien, c’était un exercice imposé. D’ailleurs au seul restaurant où nous avions mangé ensemble un midi elle avait pris le temps de m’expliquer plusieurs des fonctionnements organiques du milieu de l’art contemporain qui, d’après elle, à l’instar d’une pyramide inca, se nourrissait de sacrifices humains et d’invocations baclées au soleil. Elle est repartie au Mexique. Maintenant elle dirige une grosse collection quelque part au Texas, je crois, je ne sais plus trop bien. Elle a quitté la France dans sa tête aussi.

Lundi j’étais plus agité qu’elle encore à la belle époque. Ses conseils ont porté.

De retour ivre de fatigue, j’ai trouvé sur mon répondeur de fixe à trois heures de matin ce message étrange : le message étrange. Ma femme croit à une erreur (c’est l’hypothèse rationnelle) mais je veux penser qu’il s’agit d’un message du « réel » lui-même qui m’est adressé directement, et que je dois décrypter (toute aide bienvenue).

La pensée magique, il en fut question au dîner d’hier, mais elle intimide toutes les intelligences, la mienne y compris. Pourtant, plus j’avance dans l’existence, plus il me semble que beaucoup de choses se résolvent en elle, par elle, et que le mot « chance » est la pointe émergée dans notre vocabulaire d’un paysage monumental et escarpé.

Quoi qu’il en soit, il semblerait qu’elle m’ait (la pensée magique) à la bonne en ce moment. Aussi, imitant Fontenelle auquel une autre centenaire demandait : « Monsieur Fontenelle, La mort nous aurait-elle oubliés ? », je me contenterai, un doigt sur la bouche, songeant à la déveine, de répondre doucement : « Chuuuttt ! ».

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20 septembre 2009 11h 11

La frénésie en général

Petit matinée, dodo dominical. Hier quelques mails encourageants et beaucoup de spam. Eric, mon transporteur, se retrouve avec sur les bras une caisse du MoMa impossible à refourguer, même gratuitement. Une caisse vide. Moi je n’ai pas la place, et pourtant c’est vrai qu’il est beau l’aigle américain tout noir tamponné immense sur le côté, avec le sigle MoMa. La caisse matelassée, vide, beauté sur mesure, traîne dans son camion depuis deux mois.

Alors pour faire le malin je lui dis qu’il y a aussi des gens comme cela, avec un grand aigle dans le dos, magnifiques, dont personne ne veut faute de place. Je pense à B§%*** ou à E$µ***, à Ale*** aussi, qui s’est donné la mort. Eric est fatigué, il ne réagit par à ma philosophie, il dit qu’il va « la balancer à la poubelle ». En fait il a parfaitement compris ce que je voulais dire.

A midi Martin et moi avons mangé à l’atelier des lasagnes, filmés par deux documentaristes allemands, jeunes, non francophones, devant lesquels il fallait dire des choses intelligentes. Ils font un reportage sur Martin et le suivent sans interruption depuis deux jours déjà. Allant acheter à la sortie du métro les fameuses lasagnes au supermarché Casino de Maison-Alfort, nous avons laissé à l’entrée l’équipe technique (qui n’avait pas le droit de filmer dans le supermarché). Mais, situation cocasse que chacun d’entre-nous s’est juré de ne jamais vivre (en regardant Surprise-Surprise ou à la faveur d’un film d’espionnage américain), nous avons oublié (je sais, c’est ballot) que Martin portait toujours un micro (les nouveaux, wifi, minuscules en cravate).

Du coup le traducteur des rushs va pouvoir goûter nos plaisanteries de rayons qui articulent nourriture pour chat et accent allemand, et nos considérations sur l’air coincé du brun, pas l’autre, celui qui tient la perche, qui a vraiment l’air de se la jouer un maximum alors qu’il ignore (il l’a avoué) jusqu’à l’existence de Depardon.

Devant la boulangerie, légèrement penauds (moi j’étais terrorisé mais Martin semblait prendre ça encore avec de l’humour. C’est un athlète) , nous avons décidé, puisque eux n’avaient sans doute rien compris (ils continuaient à nous parler en souriant), de faire comme si de rien n’était.

En fait plus tard, nos deux Germains se sont révélés très sympathiques, peut-être un peu stressés sur le chemin, voilà tout. Nous avons papoté avec eux de Jerry Bruckheimer et de La Marche de l’Empereur. Intérieurement, je me suis toujours senti très pingouin, j’avais beaucoup de choses à dire. J’en ai sans doute trop dit, comme d’habitude me direz-vous.

Il faut comme cela des moments avec les autres gens, sinon l’on passe sa vie de frénésies en frénésies. On ne rêve plus, on ne fume plus, on a même plus d’histoire… On est comme un orphelin dans un dortoir.

Ceci dit sans dénigrer la frénésie en général :

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10 septembre 2009 20h 05

Gif-moi fort

Il n’y a pas que la peinture et le cinéma. Il y a le gif.

Le gif n’est pas à proprement parlé une image animée, c’est une image qui hésite. Elle n’ose pas, elle tente et elle échoue à bouger comme les autres. Elle retourne à sa place. C’est une image timide.

C’est aussi une image affolée, une image folle, une image qui à la longue donne l’impression de se masturber comme ça, là, devant nous, sans jamais aboutir, « envoyer son paquet vers les étoiles ».

La timidité du gif, sa folie, sa branloire pérenne, en font une image vivante mais relativement cantonnée, ignorée, inconnue. Sa noblesse est discutée. Le gif est tout à la fois discret et discrédité. C’est idiot. Un gif, c’est peut-être beau (images glanées en ligne) :

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Sans compter qu’un gif, c’est parfois rigolo :

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9 septembre 2009 17h 06

Bientôt partout

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8 septembre 2009 16h 55

La religion

Le tableau merveilleux, celui qui écrase toutes vos tentatives, rend caduc vos ambitions, mais vous renvoie chaque fois à l’atelier plus décidé, mieux armé, croisé, n’est le même pour personne. En ce qui me concerne, j’ai de la chance, il est parisien :

Loth et ses filles, Anonyme

Anonyme (actif à Leyde ou à Anvers vers 1525-1530)
Loth et ses filles (H. : 0,48 m. ; L. : 0,34 m. Acquis en 1900)
Emplacement : Louvre, Richelieu, 2ème étage, Pays-Bas, première moitié du XVIe siècle, Salle 9

La photographie ne lui rend pas justice, tout se joue derrière l’arbre centrale. Il y de grands nuages de braises dans le ciel qui s’envolent de droite à gauche (qui n’apparaissent quasiment pas ici tandis qu’ils sont inévitables de visu), et le cercle de distribution des comètes, l’arbre, le sexe (oui le sexe, on comprendra) renversé qu’elles forment, le petit pont, la foule sur la place de Sodome ou Gomorrhe, minuscule tandis que l’inceste débute déjà par un flirt au premier plan.
Le royaume du détail et cette idée géniale d’avoir représenté la chute de Loth, qui intervient plus tard, plutôt que sa fuite, d’avoir juxtaposé la destruction des villes à la déchéance morale de sa famille. Loth n’est pas sauvé, c’est acquis, mais alors le feu purificateur, paradoxalement, devient celui de la passion physique. Le feu qui s’abat sur la ville et la détruit est ce même feu qui consume Loth et ses filles, le feu de la tentation, du pécher. La soi-disant punition divine figure ici l’explosion de la passion incestueuse. Dieu est absent de ce tableau. Ce tableau n’est pas religieux.

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8 septembre 2009 12h 09

Si tu te voyais de mes yeux

J’écoute Monteverdi, j’ai perdu quatre kilos.

J’éprouve une certaine lassitude. Je ne veux plus vivre les années comme avant. Partir à Madrid, c’est ce qu’il me faudrait. Les espagnols sont plus gentils, plus vivants, ils m’entraineraient. J’ai vu à la télévision un grand cheval noir se cambrer dans une rue catalane, il était fier.

Impossible de me reconvertir. Dentiste ? Chanteur ? Marchand d’armes ?
Je réalise le nombre extraordinairement réduit de mes gens, qui ne posent ni questions ni jamais ne se défilent. Plus le temps passe, plus j’atteins mes limites.

Les emportements sont illusoires. Rien n’est plus certain que l’a minima.

« Si tu te voyais de mes yeux »… C’est impossible, heureusement.

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7 septembre 2009 20h 17

La Poursuite du bonheur

« Je ne comprends pas bien le sens de cet enfer
mis à part quelques blacks au maquillage argent,
les gens font la chenille comme dans un film allemand
la soirée semble ouverte à tous les mamifères,

En me concentrant bien, je perçois quelques codes
dans le touché d’organe et les embrassements
Il est déjà trois heures et la musique érode
l’ensemble des désirs. Je progresse vers le blanc
Est-ce que je suis heureux ? Est-ce que je suis absent ? »

Michel Houellebecq
(reproduction du poème manuscrit paru dans la revue NRV de F. Beigbeder)

La Poursuite du bonheur, Michel Houellebecq

Où l’on réalise que Michel Houellebecq est un immense poète en plus d’être un romancier conséquent. Ou l’on se fait à l’idée d’un poète célèbre ou l’on rate ce début de siècle. Il faut plaindre les sociétés sérieuses qui baudelairisent à contre-sens.

La corde du spleen reste tendue.

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6 septembre 2009 19h 19

Bien se coiffer

Louvre bondé cet après-midi, dans une salle une fille blonde torse nu :

Jeune femme se coiffant, Salomon de Bray

Magnifique natte des bras (la véritable coiffure, celle du peintre) :

Jeune femme se coiffant, Salomon de Bray

Une belle flamande en tout cas, causante et tout. Pas comme selon la rumeur.

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6 septembre 2009 10h 41

C’est la première fois que je reviens à Cherbourg

Quand on tombe dans l’océan Michel Legrand, on n’a pas une chance d’en sortir. C’est ce que je me suis dit en dénichant la vidéo de cette Japonaise carioca (qui ne sait pas trop bien où elle habite, Rio ou Kyoto, qui trahit la chanson mais qui dépote grave) :

Alors j’ai revu hier soir Les parapluies de Cherbourg, comme ça, juste pour me faire du mal, pour comprendre que jamais je n’arriverai à grimper cette montagne de mélancolie à la française jusqu’à son sommet. Je me suis d’ailleurs à nouveau dit que c’était le meilleur film jamais tourné sur la guerre d’Algérie, j’ai repensé à mon père.

Et puis la symbolique du « Super ou Ordinaire » dans la scène final, c’est un tel grand écart entre un réalisme extrême et une conception quasi-hugolienne du récit, que je n’en reviens pas. Affirmer que Geneviève en refusant de choisir choisit tout de même « Super », et que dans cette scène furtive de revoyure, c’est le résumé de toute leur histoire qui est rejoué, son essence (c’est le cas de le dire), la différence de classe, la lâcheté féminine, la médiocrité de Guy (Ordinaire), c’est à mon sens faire la bonne interprétation, celle qui laisse à Demy le bénéfice du génie :

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