La religion
Le tableau merveilleux, celui qui écrase toutes vos tentatives, rend caduc vos ambitions, mais vous renvoie chaque fois à l’atelier plus décidé, mieux armé, croisé, n’est le même pour personne. En ce qui me concerne, j’ai de la chance, il est parisien :
Anonyme (actif à Leyde ou à Anvers vers 1525-1530)
Loth et ses filles (H. : 0,48 m. ; L. : 0,34 m. Acquis en 1900)
Emplacement : Louvre, Richelieu, 2ème étage, Pays-Bas, première moitié du XVIe siècle, Salle 9
La photographie ne lui rend pas justice, tout se joue derrière l’arbre centrale. Il y de grands nuages de braises dans le ciel qui s’envolent de droite à gauche (qui n’apparaissent quasiment pas ici tandis qu’ils sont inévitables de visu), et le cercle de distribution des comètes, l’arbre, le sexe (oui le sexe, on comprendra) renversé qu’elles forment, le petit pont, la foule sur la place de Sodome ou Gomorrhe, minuscule tandis que l’inceste débute déjà par un flirt au premier plan.
Le royaume du détail et cette idée géniale d’avoir représenté la chute de Loth, qui intervient plus tard, plutôt que sa fuite, d’avoir juxtaposé la destruction des villes à la déchéance morale de sa famille. Loth n’est pas sauvé, c’est acquis, mais alors le feu purificateur, paradoxalement, devient celui de la passion physique. Le feu qui s’abat sur la ville et la détruit est ce même feu qui consume Loth et ses filles, le feu de la tentation, du pécher. La soi-disant punition divine figure ici l’explosion de la passion incestueuse. Dieu est absent de ce tableau. Ce tableau n’est pas religieux.




