Pourquoi j’aime Terry Rodgers et pourquoi je vous emmerde


25 octobre 2009 14h 47

Pourquoi j’aime Terry Rodgers et pourquoi je vous emmerde

Techniquement, je n’ai jamais partouzĂ©. Bon une fois je me suis retrouvĂ© quand j’Ă©tais jeune avec deux copines, mais mĂŞme lĂ , j’ai plutĂ´t entrepris l’une tandis que je caressais (sans doute maladroitement) l’autre, qui a ensuite prĂ©fĂ©rĂ© s’entretenir longuement avec ma première partenaire, Ă  bouche que veux-tu, plutĂ´t que de finir en pomme d’amour sur mon zoom zoom zang. Il me reste de cette Ă©poque une sensation de dĂ©bordement dès qu’il y a trop de seins dans un lit et le souvenir d’un joint terminĂ© torse nu Ă  la terrasse de l’appartement de notre hĂ´te place Sainte-Catherine tandis que les camions municipaux aspergeaient les trottoirs et que mes deux complices (tout de mĂŞme) s’essayaient en alternance au cunnilingus. A ce moment prĂ©cis j’ai ressenti un type de mĂ©lancolie dont j’ignorais jusqu’Ă  l’existence et qui n’allait plus, par la suite, bien heureusement, se remanifester. Longtemps, ayant pourtant beaucoup lu, je ne pus mettre de mots prĂ©cis sur cet abattement Ă©trange, puis finalement, l’expression « tristesse de la chair » s’imposa Ă  moi, principalement Ă  cause de Chateaubriand (ce serait trop long Ă  expliquer).
Alors les grands tableaux de Terry Rodgers (www.terryrodgers.com), qui rassemblent artificiellement (ce sont des montages) ses amis, dans la mĂŞme pièce, pour des fins d’orgies ou d’after party californiennes très peu safe sex, j’aime.

The Apotheosis of Pleasure, Terry Rodgers, 2005, 96" x 144", oil on linen
The Dimensions of Ambiguity, Terry Rodgers, 2005, 60" x 70", oil on linen
The Screening Room, Terry Rodgers, 2006, 72" x 72", oil on linen

Bon, mais j’aime aussi Bouguereau (autant balayer les derniers doutes de ceux qui avaient dĂ©jĂ  statuĂ© sur mon cas). J’aime la fraĂ®cheur, j’aime la naĂŻvetĂ©, j’aime l’eau… et je vous emmerde.

La Vague, William Bouguereau, Huile sur toile, 1896, 121 x 160.5 cm

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18 octobre 2009 18h 40

Misère de l’entreprise sĂ©miotique

Lecture de la TrinitĂ© d’Andrei Roublev, de Jean-Marie Floch et JĂ©rĂ´me Collin, aux puf, collection « formes sĂ©miotiques ».

Les puf c’est ma jeunesse. Avant que la librairie de la place de la Sorbonne ne se transforme en magasin de fripes Ă  5 euros, j’y passais souvent de longues heures, tankĂ© derrière Les principes de la Monadologie ou L’objet transitionnel, un rappel fugace de la mère. J’essayais souvent aussi de pĂ©cho du cĂ´tĂ© des traductions latines d’austères filles Ă  lunettes qui renvoyaient leurs longs cheveux peignĂ©s en arrière chaque fois qu’elles tournaient une page de Marc-Aurèle, debout sur la petite plateforme qu’il y avait au milieu de l’escalier, Ă  gauche.

C’est donc bien disposĂ© par le label bio-puf que je me suis lancĂ© dans Lecture de la trinitĂ© d’Andrei Roublev. Mais les meilleures intentions ne suffisent pas toujours. Dès l’entame, la laideur ahurissante de l’icĂ´ne qui, Ă  elle seule, a motivĂ© l’Ă©criture de cet essai, m’a laissĂ© sans voix. Des teintes terreuses, une composition minable, une allure banale, aucun minuscule dĂ©tail auquel se raccrocher qui permette de se dire qu’une Ă©lucidation inattendue est possible, que de cette Ă©lucidation surgira une Ă©motion esthĂ©tique. C’est donc dĂ©sespĂ©rĂ© que j’ai commencĂ© Ă  lire le propos liminaire d’Anne HĂ©nault.

La Trinité, Andreï Roublev

Je tiens Ă  prĂ©ciser avant de poursuivre combien je suis attachĂ© Ă  la sĂ©miologie, et Ă  quel point, en Barthien fanatique, je ne laisserai jamais dire le moindre mal de ce prisme multicolore. Je tiens Ă  le prĂ©ciser car la prĂ©cision, justement, est un souci constant de cet essai. De cela il faut le crĂ©diter… mais – corne de mille sabords ! – le compas ne permet pas de justifier tout ce qui nous tient Ă  coeur. Il ne suffit de tracer un cercle ou deux diagonales pour en tirer la certitude qu’une seule main posĂ©e sur la table par le christ figure l’incarnation. L’idĂ©e est subtile, intĂ©ressante, le cercle est fort bellement tracĂ©, mais Ă  aucun moment les gĂ©omĂ©tries multiples que le texte contient n’imposent la moindre Ă©vidence quant Ă  leur sens, en dĂ©pit du ton ferme de Jean-Marie Floch et JĂ©rĂ´me Collin.

Les auteurs mènent Ă  mon sens parallèlement deux logiques, l’une de dĂ©coupage de l’icĂ´ne, l’autre d’analyse hermĂ©neutique libre, deux logiques valides mais qui ne s’Ă©tayent jamais. Plus on avance dans l’essai, plus la cathĂ©drale de leurs interprĂ©tations prend des allures affirmatives. Insensible Ă  la pompe universitaire des chiffres et des croquis, il m’a semblĂ© rapidement que la dĂ©monstration, qui contient pourtant plusieurs passages Ă©clairants, s’Ă©tait dĂ©livrĂ©e de la contrainte de dĂ©montrer. MalgrĂ© quelques prudences, surtout mentionnĂ©es en conclusion mais qui se sentent peu Ă  la lecture, j’ai eu la sensation dĂ©sagrĂ©able d’une catĂ©chèse, que l’on m’assĂ©nait beaucoup sans prouver grand chose.

De cet ouvrage universitaire technique, la lecture, Ă  laquelle je n’adhĂ©rais plus, ayant la sensation que les auteurs eux-mĂŞmes Ă©taient dupes de leurs certitudes, a commencĂ© Ă  m’ĂŞtre pĂ©nible. Je n’ai pas vraiment fini ce livre. En fait j’ai dĂ©boulĂ© en diagonale, par acquis de conscience, la seconde moitiĂ© de l’essai. Il ne m’est pas tombĂ© des mains, je l’ai reposĂ© fatiguĂ© d’ĂŞtre soumis malgrĂ© ses qualitĂ©s Ă  un forcing thĂ©orique Ă  propos d’une icĂ´ne que je trouvais, par ailleurs, tout bonnement affreuse.

Alors, me direz-vous, qu’est-ce qui me permet d’en dire du mal, ou tout du moins de le critiquer ? Mais rien chers amis ! Toute critique est arbitraire, subjective, injuste et souvent inutile. C’est pourquoi, en tant que lecteur, j’attends des livres que j’ouvre qu’ils n’aient pas ces dĂ©fauts.

Miam miam Nutella !

Après m’ĂŞtre fait une tartine de Nutella, je me rends compte que je pourrais finir en beautĂ© sur cette phrase assassine. Mais j’ai passĂ© l’âge de tout sacrifier Ă  une chute, un bon mot ou la jubilation mesquine que procure la mĂ©chancetĂ© gratuite. Je veux donc ajouter que cet ouvrage, malgrĂ© le biais que je dĂ©nonce, recèle de nombreuses qualitĂ©s et plusieurs analyses malines, qu’il faut goĂ»ter sĂ©parĂ©ment Ă  mon sens. Il aurait gagnĂ© Ă  se prĂ©senter autrement, plus modestement, Ă  se dĂ©ployer en vĂ©ritables hypothèses. Mais nous avons affaire Ă  un exercice scientifique qui touche Ă  la religion, et je n’ai jamais vu personne sortir de cette malle.

VoilĂ . L’entreprise sĂ©miotique appliquĂ©e aux oeuvres d’art, aux « textes visuels », reste ouverte, comme un champ immense devant nous, un champ de mines.

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18 octobre 2009 16h 51

Somme toute

Je sais que ce n’est pas bien, je suis bon public. La virtuositĂ©, dans la longue sĂ©rie des fautes de goĂ»t commises sans cesse par votre serviteur, a Ă  me yeux beaucoup de poĂ©sie Ă  revendre. Les « performances d’exĂ©cution » m’inspirent un (très) grand respect. Je me surprends aussi, dans certains restaurants chinois, Ă  admirer les plafonniers rĂ©tro-Ă©clairĂ©s bariolĂ©s de cascades fushias et de poissons volants mais cela n’a rien Ă  voir et je comprends que vous soyez choquĂ© par cette digression. Toujours est-il qu’il y a quelque chose de gymnastique qui donne le change dans une technique parfaitement maĂ®trisĂ©e, quelque chose qui fait envie. On se rassure avec quelques citations de Matisse, qui Ă©tait incapable de copier au Louvre aussi bien que la fille du gardien du musĂ©e, et tira de cette faillite quelques belles images maladroites (somme toute).

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14 octobre 2009 14h 57

La recette de Tata

Moi aussi j’aime le silence, mais pas entre les gens. Entre les gens, et surtout entre eux et moi, le silence rime avec violence. Alors je prends ma petite langue-pelle et je remplis le silence, de tout ce qui peut le remplir, jusqu’Ă  ras-bord. S’il y a un bout de bois par-terre, hop il m’aide, s’il y a des crottes de chien, hop elles aussi sont de rescousse. Mais avec les annĂ©es j’ai fatiguĂ© (on fatigue avec les annĂ©es). Alors maintenant j’emploie une technique diffĂ©rente : la trop cĂ©lèbre provoc (Ă  ma sauce bien sĂ»r). Quand il y a trop de silence, que l’on se croirait dans une des pièces mornes de J. Beuys, enterrĂ© sous une montagne de feutre, je lâche un truc pas sage du tout, qui ne se dit pas du tout Ă  la ville. Ensuite les gens remplissent le silence Ă  ma place, c’est les vacances, il n’y a plus de silence du tout d’ailleurs, il y a des cris et des menaces de mort, des gestes de la main, autant de tremplins pour Ă©motions partagĂ©es. De temps Ă  autre je remets soigneusement de l’huile sur le feu, et je souris. Cela fait la nique Ă  tous ceux qui glissent du feutre Ă  la tonne entre les gens. Frotti-frotta, c’est la recette de Tata.

La petite musique de J. Beuys

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11 octobre 2009 17h 57

Refaire des bâtons ?

Cinq livres, cinq livres pour tout comprendre. Dont Van Gogh ou le suicidĂ© de la sociĂ©tĂ©, d’Artaud. Antonin, un beau prĂ©nom. Ce n’est pas la relation Ă  la peinture qui m’a tant impressionnĂ©, cela ne parle pas de peinture. cela parle de bouc Ă©missaire, de concentration des nuĂ©es, de sadismes errants qui se concentrent d’un coup sur une seule tĂŞte.
Je n’aime pas beaucoup les textes d’Artaud en gĂ©nĂ©ral, qui me fatiguent, comme celui qui est lu Ă  un moment dans la vidĂ©o, mal lu, trop surrĂ©alo-quelque chose, trop potache. Mais Van Gogh ou le suicidĂ© de la sociĂ©tĂ©, c’est un chef d’oeuvre de dĂ©tresse, d’explication de ce qui s’insinue. Et qu’un type pareil ait pu s’arrĂŞter d’Ă©crire parfois, c’est un encouragement Ă  casser les rythmes, Ă  placer la performance autre-part. De temps en temps, il faut peut-ĂŞtre refaire des bâtons.

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9 octobre 2009 1h 12

Que vivre c’est Ă©viter Grincheux

Ce que l’on n’entend pas, sur cet enregistrement, c’est la fille sublime, qui dansait avec ses copines au NY Club, mercredi dernier, tandis que le Rat Pack de StĂ©phane M. s’agitait au bar. Moi j’Ă©tais lĂ©thargique, saoul de fatigue, mais j’Ă©tais venu Ă©couter JĂ©rĂ´me, et puis je me disais bien qu’il y allait y avoir, nĂ©cessairement, une fille sublime qui allait danser dans la cohue. ça n’a pas manquĂ©. La vie est tellement prĂ©visible.

Souvent je plains ma femme : ce que les mecs sont moches ! Sincèrement les amis, vous faites pitiĂ©. De mon cĂ´tĂ© je suis bien dĂ©fraĂ®chi, j’ai profitĂ© du bide mais je vous enterre encore pour la plupart tellement vous ĂŞtes tristes. Vous ĂŞtes tout biscornus, avec des regards par dessous, vous n’avez pas de poils, ou pas assez, on dirait que vous sautillez, que vous ĂŞtes des sortes de moineaux malades, toujours (ou alors vous ĂŞtes des brutes Ă©paisses, suantes). Les mecs, vraiment, vous ĂŞtes pĂ©nibles Ă  regarder. A cĂ´tĂ© de ça, des fleurs gĂ©antes, tout le temps, que ça en devient fatiguant. En mĂŞme temps c’est l’occasion de se sentir en vie. Peut-ĂŞtre que les femmes n’ont pas besoin de trucs pour se sentir en vie, qu’elles font autrement, qu’elles mangent du chocolat par exemple.

Je suis rentrĂ© sur le coup d’une heure du mat, le requiem d’Edith Matis dans les oreilles, essayant de ne pas glisser sur un clochard de RĂ©aumur. C’est quand mĂŞme super bon cette tarte au pomme pour les oreilles, super feuilletĂ©, super dorĂ©, mĂŞme son trottoir est bon. La bruine Ă©tait noire comme d’habitude.

Rue de Rivoli je croisĂ© Grincheux. Mais nous n’avions toujours rien Ă  nous dire.

Go Home Grincheux !

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6 octobre 2009 22h 25

ça change

Marin m’a livrĂ© 8 toiles sans clĂ©s. Peu de gens savent que les toiles vierges sont livrĂ©es avec des clĂ©s. Des clĂ©s que l’on enfonce Ă  coup de marteau, ce qui casse immĂ©diatement la beautĂ© du truc (mĂ©taphoriquement parlant je veux dire). J’ai mangĂ© des cannellonis en boĂ®te, froids. J’ai Ă©coutĂ© le requiem de Mozart. J’ai super bien avancĂ© ma grande toile sentimentale, les deux fillettes et le cheval.

"Le Monopole du Coeur", Showcase chez Kimiko Yoshida, septembre 2009

J’ai mis en ligne les photographies de mon accrochage chez Kimiko (www.molk.fr/in-situ/). Il y en a peut-ĂŞtre trop, je voulais simuler une dĂ©ambulation. Toute suggestion d’amĂ©lioration bienvenue. La semaine prochaine je photographie les toiles elles-mĂŞmes, je commence Ă  maĂ®triser mon EOS.

J’ai passĂ© la journĂ©e seul au final. ça change.

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5 octobre 2009 14h 55

Chocolate Jésus

Cela faisait un petit moment que je ne m’Ă©tais pas levĂ© Ă  13h24, un petit moment que j’Ă©tais sĂ©rieux. ĂŠtre sĂ©rieux, toute une posture. « On n’est pas sĂ©rieux quand on a dix sept ans »… Quelle connerie. En fait on est que sĂ©rieux quand on a dix sept ans, on est effroyablement sĂ©rieux. On est engagĂ© politiquement, tout se tranche au sabre, l’amour et l’amitiĂ©, et si l’on a un bouton sur le nez, cela mĂ©rite de se suicider fissa dans le salon de ses parents. C’est ensuite que les survivants se dĂ©tendent, un petit peu puis beaucoup, qu’ils rĂ©alisent que le chagrin, les mauvais potes, les Ă©lections, ce n’est pas grave. Et puis les annĂ©es passants, on fait de telles rĂ©serves de blagues-Ă -toto que toute la vanitĂ© du monde s’y dissout façon alcaselzer. ça y est, on est bien rĂ©veillĂ©.

Hier dimanche. Mais comme tous les premiers dimanches, plutĂ´t que d’aller porter des roses blanches, je me suis radinĂ© au Louvre avec mon possi (nous sommes deux pour le moment, ma petite indienne et moi). Ce fut rapide, au pas de course, car nous avions rendez-vous Ă  13h30, mais il faut absolument que je vous parle de Giovanni Pietro Rizzoli et Antonio Campi, deux amis italiens qui ne manquent pas d’originalitĂ©. Disons que La mort de ClĂ©opâtre du premier et Les Mystères de la Passion du Christ du second me transportent. Sans compter la petite indienne, qui aime tout comme son papa, et mĂŞme plus (ce qui est normal Ă  son âge. Je sais que cela va pas durer alors j’en profite).

Giovanni a eu l’idĂ©e Ă©trange mais gĂ©niale que le serpent de ClĂ©opâtre la morde au tĂ©ton gauche plutĂ´t que partout ailleurs.

La mort de Cléopâtre, Giovanni Pietro Rizzoli (dit Giampetrino), actif à Milan entre 1495 et 1519La mort de Cléopâtre (détail), Giovanni Pietro Rizzoli (dit Giampetrino), actif à Milan entre 1495 et 1519

Etrange suicide, par un serpent qui tĂŞte. Comment ne pas y voir une mĂ©taphore de la maternitĂ© (rapport complexe de la mère Ă  l’enfant, des pulsions de mort qui se croisent et s’annulent dans ce huis-clos corporel archaĂŻque). Mais avec un esprit mal tournĂ©, on pourrait croire que Giovanni, comme cela, avec l’air de ne pas y toucher, a peint aussi une anti-MaternitĂ© (avec un grand M) ? Beaucoup de Vierges Ă  l’Enfant me remontent aux yeux en face de cette ClĂ©opâtre milanaise du dĂ©but du seizième siècle dĂ©poitraillĂ©e ? L’Enfant-Roi un serpent ? Oulala ! D’ailleurs qui empoisonne qui ? Opposition du lait et du venin, la vie la mort, on peut s’en sortir en parlant d’ingratitude. Ah ces enfants Ă  qui l’on donne tout et qui nous tuent ! Il y aurait tant de choses Ă  dire.
Sans compter une lecture plus olĂ©-olĂ©, qui dans la fente du panier entre-ouvert voit un sexe fĂ©minin, celui de ClĂ©opâtre bien sĂ»r, qui se masturbe donc devant nous. Le serpent serait alors, en sus d’un phallus bien empoignĂ©, celui du jardin d’Eden, le tentateur, et nous aurions affaire lĂ  Ă  un tableau sur la Tentation, l’onanisme, le dĂ©sir, qui, tous les bons lecteurs de Freud le savent bien, a maille Ă  partir avec la mort, toujours. La masturbation, une forme (Ă©gyptienne) de suicide, je n’ose imaginer l’hĂ©catombe ! Mais foin de ces divagations, n’oublions pas le rendez-vous de 13h30.

Plus loin sur la droite, Ă  la recherche de la sortie, nous tombons sur Antonio. Damned ! C’est incroyable ce qu’il y a dans le ciel, Ă  droite ! Le voilĂ  donc le royaume des cieux ! Pour la première fois, cherchant Ă  rejoindre la pyramide, je l’entrevois vraiment.

Les Mystères de la Passion du Christ, Antonio Campi, Crémone, 1524-1587Les Mystères de la Passion du Christ (détail), Antonio Campi, Crémone, 1524-1587

Il a tout de l’incroyable surgissement qui conclut PrĂ©dictions, ce film, injustement cruxifiĂ© au box office lors de sa sortie, oĂą Nicholas Cage voit s’ouvrir les nuĂ©es, qui sauvent les enfants mais abandonnent le reste de l’humanitĂ© Ă  l’Apocalypse. Le film est bon, sans plus, mais cette scène finale est exceptionnelle, stupĂ©fiante. A elle seule elle justifie un tĂ©lĂ©chargement illĂ©gale.
Quant Ă  moi, je suis un obsĂ©dĂ©, je ne vois que des sexes de partout, alors ici aussi, Ă©cartelĂ©. Mais l’impression de vaisseau, la sphère au centre devant laquelle flotte le sauveur en direction duquel convergent les âmes justes, ce vaisseau-lĂ  m’Ă©meut. Il offre une issue au chaos, c’est l’idĂ©e mĂŞme de l’Ă©vasion. Parmi la foule ensuite nous avons tracĂ©, certains de retrouver l’air libre rue de Rivoli.

Plus tard, aux alentours de 16h, j’ai retrouvĂ© Thomas et Lucie pour un poker Ă  Mairie des Lilas. Nicolas, LĂ©a puis AurĂ©lien nous rejoignirent et je me garderai bien de revenir sur la discussion qui faillit transformer l’appartement en fin de match OM-PSG, dans un Parc des Princes surchauffĂ©. Je crois que les pâtes guĂ©rissent tous les maux (encore l’Italie, dĂ©cidĂ©ment) :

Pâtes au pesto (Merci Tata Lucie)

Au final, malgrĂ© une bonne ambiance de grosse dĂ©connade, nous nous sommes tous fait ratisser par LĂ©a, une fille au physique prĂ©-raphaĂ©lique que je ne connaissais pas mais qui ne s’Ă©tait pas perdue en cours de route dans la panique gĂ©nĂ©rale (et Dieu sait que la concentration, au poker, ça compte). Bref, j’ai perdu. Je ne suis pas le seul ! Thomas a bien rĂ©sistĂ© mais la chute n’en a Ă©tĂ© que plus rude. Non, vraiment, les filles trop belles, au poker, ça ne le fait pas. La prochaine fois, je viens avec mes lunettes de soleil.

Aurélien et ThomasLe butin

En rentrant, impossible de m’enlever de la tĂŞte Chocolate JĂ©sus, de Tom Waits, que j’avais imitĂ© en partant pour faire rire Lucie et Nicolas.

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2 octobre 2009 21h 57

Je peux ĂŞtre une grenouille

Moi aussi je peux ĂŞtre une grenouille si je veux.

J’ai passĂ© ma semaine Ă  croasser, Ă  nĂ©nupharder, Ă  me prendre pour un boeuf. En fait tout Ă  commencĂ© lors du dĂ®ner chez Jacques K, par son tip top osso bucco et sa glace au yaourt, c’est lĂ  que l’idĂ©e du boeuf m’a traversĂ©e : une Ă©vidence, un destin probable, enviable, une vĂ©ritable ambition. J’ai donc passĂ© la semaine Ă  photographier et rephotographier mon accrochage chez Kimiko, faisant erreurs sur erreurs dans la balance des blancs ou la vitesse d’obturation. Il va me falloir le week-end pour rĂ©cupĂ©rer la sauce des RAWs sur CS3. Mais Ă  la seule idĂ©e du mailing qui suivra je frĂ©tille, je roucoule, je bondis ! Croâââ !

Mercredi Tokyo Art Club et petite discussion avec Marc-Olivier W. Ă  propos des « Châlets de Tokyo ». J’ai enfin pu dire Ă  Carleen H. qu’elle m’impressionnait beaucoup, ce qui rattrape dans mon esprit toutes les tĂŞtes incroyables que j’ai pu faire depuis deux ans en la croisant. Elle a beaucoup ri. Susanne dansait Ă  minuit alors je n’ai pas voulu la dĂ©ranger et je suis reparti bien content du succès de son « Global Art », et qu’elle me prĂ©sente toujours avec cet accent anglo-bavarois so chic comme « un merveilleux artiste ».

Jeudi Martin fĂŞtait son dĂ©part, c’est un peu bĂŞte qu’il parte maintenant, Ă  ce moment lĂ . Sarah et moi avions dĂ®nĂ© Ă  la maison avant, en dĂ©but de soirĂ©e, puis nous nous sommes perdus et nous avons ratĂ© les autres de la fĂŞte. Cela a rendu ce moment encore plus triste, puisque nous sommes arrivĂ©s Ă  la fin, Ă  la fin du dĂ©part. La cousine de Martin (qui fait mĂ©decine) eu le malheur de me demander ce que signifiait l’expression « balance des blancs ». Pauvrette. J’ai fait ensuite pour le public qui restait le pitre, histoire de tromper mon monde et nous sommes repartis. Sarah m’a raccompagnĂ©e au mĂ©tro, c’Ă©tait son anniversaire. J’aurais aimĂ© lui offrir de ces cadeaux que Robin Masters fait Ă  Magnum de temps en temps dans la sĂ©rie (une Ferrari, une chemise Ă  fleurs, une moustache), mais je n’ai trouvĂ© qu’un livre illustrĂ© sur les « chansons essentielles des annĂ©es 60″ Ă  lui tendre comme une galette de pain azim, en souvenir de notre fuite d’Égypte Ă  nous, notre traversĂ©e de l’adolescence.

Aujourd’hui dĂ©crochage enfin, emballage fatiguĂ©. Ce soir dĂ®ner avec Richard S., ancien photographe de belles plantes pour Lui amĂ©rica. Mon anglais s’est Ă©maillĂ© de « fuck », « breast », « lips » et autres joyeusetĂ©s… Nous avons bien rigolĂ©.

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