Chocolate Jésus


5 octobre 2009 14h 55

Chocolate Jésus

Cela faisait un petit moment que je ne m’Ă©tais pas levĂ© Ă  13h24, un petit moment que j’Ă©tais sĂ©rieux. ĂŠtre sĂ©rieux, toute une posture. « On n’est pas sĂ©rieux quand on a dix sept ans »… Quelle connerie. En fait on est que sĂ©rieux quand on a dix sept ans, on est effroyablement sĂ©rieux. On est engagĂ© politiquement, tout se tranche au sabre, l’amour et l’amitiĂ©, et si l’on a un bouton sur le nez, cela mĂ©rite de se suicider fissa dans le salon de ses parents. C’est ensuite que les survivants se dĂ©tendent, un petit peu puis beaucoup, qu’ils rĂ©alisent que le chagrin, les mauvais potes, les Ă©lections, ce n’est pas grave. Et puis les annĂ©es passants, on fait de telles rĂ©serves de blagues-Ă -toto que toute la vanitĂ© du monde s’y dissout façon alcaselzer. ça y est, on est bien rĂ©veillĂ©.

Hier dimanche. Mais comme tous les premiers dimanches, plutĂ´t que d’aller porter des roses blanches, je me suis radinĂ© au Louvre avec mon possi (nous sommes deux pour le moment, ma petite indienne et moi). Ce fut rapide, au pas de course, car nous avions rendez-vous Ă  13h30, mais il faut absolument que je vous parle de Giovanni Pietro Rizzoli et Antonio Campi, deux amis italiens qui ne manquent pas d’originalitĂ©. Disons que La mort de ClĂ©opâtre du premier et Les Mystères de la Passion du Christ du second me transportent. Sans compter la petite indienne, qui aime tout comme son papa, et mĂŞme plus (ce qui est normal Ă  son âge. Je sais que cela va pas durer alors j’en profite).

Giovanni a eu l’idĂ©e Ă©trange mais gĂ©niale que le serpent de ClĂ©opâtre la morde au tĂ©ton gauche plutĂ´t que partout ailleurs.

La mort de Cléopâtre, Giovanni Pietro Rizzoli (dit Giampetrino), actif à Milan entre 1495 et 1519La mort de Cléopâtre (détail), Giovanni Pietro Rizzoli (dit Giampetrino), actif à Milan entre 1495 et 1519

Etrange suicide, par un serpent qui tĂŞte. Comment ne pas y voir une mĂ©taphore de la maternitĂ© (rapport complexe de la mère Ă  l’enfant, des pulsions de mort qui se croisent et s’annulent dans ce huis-clos corporel archaĂŻque). Mais avec un esprit mal tournĂ©, on pourrait croire que Giovanni, comme cela, avec l’air de ne pas y toucher, a peint aussi une anti-MaternitĂ© (avec un grand M) ? Beaucoup de Vierges Ă  l’Enfant me remontent aux yeux en face de cette ClĂ©opâtre milanaise du dĂ©but du seizième siècle dĂ©poitraillĂ©e ? L’Enfant-Roi un serpent ? Oulala ! D’ailleurs qui empoisonne qui ? Opposition du lait et du venin, la vie la mort, on peut s’en sortir en parlant d’ingratitude. Ah ces enfants Ă  qui l’on donne tout et qui nous tuent ! Il y aurait tant de choses Ă  dire.
Sans compter une lecture plus olĂ©-olĂ©, qui dans la fente du panier entre-ouvert voit un sexe fĂ©minin, celui de ClĂ©opâtre bien sĂ»r, qui se masturbe donc devant nous. Le serpent serait alors, en sus d’un phallus bien empoignĂ©, celui du jardin d’Eden, le tentateur, et nous aurions affaire lĂ  Ă  un tableau sur la Tentation, l’onanisme, le dĂ©sir, qui, tous les bons lecteurs de Freud le savent bien, a maille Ă  partir avec la mort, toujours. La masturbation, une forme (Ă©gyptienne) de suicide, je n’ose imaginer l’hĂ©catombe ! Mais foin de ces divagations, n’oublions pas le rendez-vous de 13h30.

Plus loin sur la droite, Ă  la recherche de la sortie, nous tombons sur Antonio. Damned ! C’est incroyable ce qu’il y a dans le ciel, Ă  droite ! Le voilĂ  donc le royaume des cieux ! Pour la première fois, cherchant Ă  rejoindre la pyramide, je l’entrevois vraiment.

Les Mystères de la Passion du Christ, Antonio Campi, Crémone, 1524-1587Les Mystères de la Passion du Christ (détail), Antonio Campi, Crémone, 1524-1587

Il a tout de l’incroyable surgissement qui conclut PrĂ©dictions, ce film, injustement cruxifiĂ© au box office lors de sa sortie, oĂą Nicholas Cage voit s’ouvrir les nuĂ©es, qui sauvent les enfants mais abandonnent le reste de l’humanitĂ© Ă  l’Apocalypse. Le film est bon, sans plus, mais cette scène finale est exceptionnelle, stupĂ©fiante. A elle seule elle justifie un tĂ©lĂ©chargement illĂ©gale.
Quant Ă  moi, je suis un obsĂ©dĂ©, je ne vois que des sexes de partout, alors ici aussi, Ă©cartelĂ©. Mais l’impression de vaisseau, la sphère au centre devant laquelle flotte le sauveur en direction duquel convergent les âmes justes, ce vaisseau-lĂ  m’Ă©meut. Il offre une issue au chaos, c’est l’idĂ©e mĂŞme de l’Ă©vasion. Parmi la foule ensuite nous avons tracĂ©, certains de retrouver l’air libre rue de Rivoli.

Plus tard, aux alentours de 16h, j’ai retrouvĂ© Thomas et Lucie pour un poker Ă  Mairie des Lilas. Nicolas, LĂ©a puis AurĂ©lien nous rejoignirent et je me garderai bien de revenir sur la discussion qui faillit transformer l’appartement en fin de match OM-PSG, dans un Parc des Princes surchauffĂ©. Je crois que les pâtes guĂ©rissent tous les maux (encore l’Italie, dĂ©cidĂ©ment) :

Pâtes au pesto (Merci Tata Lucie)

Au final, malgrĂ© une bonne ambiance de grosse dĂ©connade, nous nous sommes tous fait ratisser par LĂ©a, une fille au physique prĂ©-raphaĂ©lique que je ne connaissais pas mais qui ne s’Ă©tait pas perdue en cours de route dans la panique gĂ©nĂ©rale (et Dieu sait que la concentration, au poker, ça compte). Bref, j’ai perdu. Je ne suis pas le seul ! Thomas a bien rĂ©sistĂ© mais la chute n’en a Ă©tĂ© que plus rude. Non, vraiment, les filles trop belles, au poker, ça ne le fait pas. La prochaine fois, je viens avec mes lunettes de soleil.

Aurélien et ThomasLe butin

En rentrant, impossible de m’enlever de la tĂŞte Chocolate JĂ©sus, de Tom Waits, que j’avais imitĂ© en partant pour faire rire Lucie et Nicolas.

Commentaires (2) [Permalien]
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Commentaires

  1. pyq dit :

    J’adore ce post ! et prĂ©viens-moi quand tu vas au Louvre le dimanche matin, camarade !!! pour une fois, je n’y Ă©tais pas…

  2. Marc dit :

    C’Ă©tait en coup de vent amigo mais organisons effectivement une vraie descente bientĂ´t ! :)



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