Réfléchir longtemps avant l’adoption d’un ami


21 novembre 2009 17h 08

Réfléchir longtemps avant l’adoption d’un ami

L’amour la mort, tout le temps. Les emmerdes, surtout en ce moment. Mais dimanche, avant d’aller voir Mission-G avec la petite indienne (une bande de hamsters surentraînés au sein d’une cellule secrète du FBI sauve le monde de la destruction. Le méchant, c’est la taupe), nous avons déambulé dans le colombarium du Père-Lachaise en partageant un Coca-paille-coudée. Subitement, B* s’est lancée à la recherche de l’urne de Claude Boujon, un dessinateur de livre pour enfants, mort d’après elle, avec cet argument implacable : « Ses livres sont à Paris alors il doit être enterré à Paris ». J’ai le sens du sacré, je respecte les morts, et puis tout est tellement pathétique finalement qu’il valait mieux ne pas rigoler, et nous avons cherché l’alvéole de Claude Boujon. De temps à autre, nous tombions sur des plaques moins classiques que d’autres, mais nous n’avons pas trouvé Claude Boujon.

Dans la série Séries, j’ai découvert (vieux que je suis), il y a peu, une nouvelle « figure amoureuse » (si Roland me permet d’étendre son concept à la pratique que je m’apprête à décrire). Je n’étais plus passé sur le pont des arts depuis le suicide de Bérégovoy. J’y ai trouvé des centaines de petits verrous attachés aux grilles du pont, parfois en grappes, et sur lesquels sont gravés les initiales, les coeurs, les noms et les dates de quelques acmées romantiques désarmantes. Un verrou qui ne verrouille rien, c’est beau. Toute cette installation collective et spontanée, issu d’un consensus tacite, d’un mimétisme qui s’assume, cette entreprise collective de célébration d’un sentiment qui, habituellement, exile du reste du monde, ce coup de génie de nos touristes, n’est-ce pas merveilleux ? Je vous invite à aller l’admirer (mes photos n’en rendent que très partiellement compte), c’est la plus belle installation qu’il m’a été donné de voir cette année.

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Il y a trois jours, F., une ancienne amie qui figure dans Pertes humaines, m’a renvoyé par l’intermédiaire de ma soeur le tableau que je lui avais offert il y a quinze ans pour son mariage. Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette semaine ? Je l’ai rappelé depuis deux fois, pour lui dire que ce serait toujours son tableau, qu’il était temps sans doute de nous retrouver, après quatre années de brouille. J’ai pensé qu’elle avait besoin de moi. Mais elle m’a raccroché immédiatement au nez. J’ai renoué avec le répondeur. Je me rend compte qu’une fois prise une part importante à/de la vie d’autrui, c’est réciproque, et l’on ne peut plus vraiment sortir de la vie de l’autre, qu’on le veuille ou non. C’est étrange. J’attends son coup de fil. Je veux y croire. Sénèque a raison qui conseille de réfléchir longtemps avant l’adoption d’un ami. J’avais réfléchi longtemps :

Sénèque, Du choix des amis (cf. source)

Commentaires (1) [Permalien]
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Commentaires

  1. pyq dit :

    Très beau texte. Pour le pont des arts, on s’y est retrouvé en janvier 2008, soit un petit peu après le suicide de Berégovoy, mon vieux !!!



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