Arrivederci
Une drôle de semaine.
Chez Taddeus Ropac, un peintre lamentable, quelque chose d’inouï dans cette galerie habituellement excellente. De la croute Place des Voges rue Debelleyme, ça vaut presque le détour uniquement pour se rendre compte que oui, c’est possible. Ali Banisadr, un iranien porté par la mode sans doute, contre qui je n’ai rien sinon qu’il prend la place d’autres peintres iraniens, certains vivants à Paris, autrement plus doués que lui (ce qui, au demeurant, n’est pas très difficile) :
De grandes platrées boueuses, vaguement monochromes, une facture pitoyable Montreuil style, une peinture qui se veut un vague rappel des scènes de batailles du grand Art Perse classique mais ne parvient qu’à me rappeler que Gégé le cantonnier recouvrait de bouses de vaches le toit de l’étable pour l’isoler du froid (en même temps, c’est le Salon de l’Agriculture, ça tombe bien).
Comment la galerie de Sylvie Fleury, de Gilbert&Georges, et d’autres, peut-elle exposer « ça » ? Le mystère de la trinité en comparaison est une blague Carambar.
Allons bon, c’est aussi un post de dépit bien sûr. Un post absurde puisque je ne suis pas iranien. Mais je continue à m’accorder une certaine liberté de parole, cette liberté (pourtant filtrée, mais tellement peu lèche-cul) qui me coûte tout. Surtout lorsque je suis déçu. Il y a quelques années, j’avais obtenu un rendez-vous avec Léonie M., de Ropac justement, par l’entremise de Susanne van H.. Cela s’était bien passé mais elle m’avait conseillé de m’adresser plutôt aux galeries de la rue Louise Weiss, qui m’avaient conseillé de m’adresser plutôt au bon Dieu (qui m’avait conseillé de peindre le Christ en croix… ce que je ferai un jour.) Depuis (c’est humain), je ne peux m’empêcher d’imaginer mes toiles sur les murs de cette galerie (entre autres) et, de voir cet espace ainsi ridiculisé, ringardisé, il me monte une colère sourde. Ali Banisadr est venu chier dans ma tête.
Mercredi soir Miam-Miam, la pièce d’Edouard Baer. Elle met du temps à démarrer puis c’est hilarant. Une très bonne soirée. J’étais allé voir autre chose à Marigny il y un an mais je ne m’en souviens plus. Beau théâtre. Six rappels, et pour une fois c’était mérité.
N’avez-vous pas remarqué cette obligation tacite que l’on fait au public, depuis le milieu environ des années quatre-vingt dix, d’accorder un triomphe à la plus minable représentation subventionnée ? Déjà applaudir parfois (souvent) s’apparente à de la charité, mais rappeler ! rappeler les acteurs d’un calvaire où durant presque deux heures on a prié le grand horloger pour que tout s’arrête ! C’est du masochisme collectif à l’état pur. Maintenant je hurle. Je fais « hououououou ! » quand c’est nul, parmi les applaudissements. Étrangement, je distingue toujours dans la salle des gens qui se mettent à m’applaudir moi, qui me regardent en souriant du coin de l’Å“il. Une fois un vieux monsieur m’a dit « merci, c’était courageux » en quittant la rangée. Il avait applaudi. Mais en quoi crénom de nom avais-je été « courageux » ?
Me relisant, je suis prêt à convenir que j’ai, décidément, un caractère de cochon. Mais ceux qui me connaissent savent que je suis adorable, et très humble.
ps : Cher Taddeus, si tu lis ce post, saches que je suis toujours libre pour une exposition personnelle et que je te pardonne Ali Banisadr (Si tu tiens à ce que je me mette un turban sur la tête pour le vernissage, j’accepte aussi).
Allez les amis, foin de pitreries, Arrivederci (Grazie il grandioso Umberto Bindi !)
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