Arrivederci


27 février 2010 21h 34

Arrivederci

Une drôle de semaine.

Chez Taddeus Ropac, un peintre lamentable, quelque chose d’inouï dans cette galerie habituellement excellente. De la croute Place des Voges rue Debelleyme, ça vaut presque le détour uniquement pour se rendre compte que oui, c’est possible. Ali Banisadr, un iranien porté par la mode sans doute, contre qui je n’ai rien sinon qu’il prend la place d’autres peintres iraniens, certains vivants à Paris, autrement plus doués que lui (ce qui, au demeurant, n’est pas très difficile) :

Ali Banisadr fecitAli Banisadr fecitAli Banisadr fecit

De grandes platrées boueuses, vaguement monochromes, une facture pitoyable Montreuil style, une peinture qui se veut un vague rappel des scènes de batailles du grand Art Perse classique mais ne parvient qu’à me rappeler que Gégé le cantonnier recouvrait de bouses de vaches le toit de l’étable pour l’isoler du froid (en même temps, c’est le Salon de l’Agriculture, ça tombe bien).
Comment la galerie de Sylvie Fleury, de Gilbert&Georges, et d’autres, peut-elle exposer « Ã§a » ? Le mystère de la trinité en comparaison est une blague Carambar.

Allons bon, c’est aussi un post de dépit bien sûr. Un post absurde puisque je ne suis pas iranien. Mais je continue à m’accorder une certaine liberté de parole, cette liberté (pourtant filtrée, mais tellement peu lèche-cul) qui me coûte tout. Surtout lorsque je suis déçu. Il y a quelques années, j’avais obtenu un rendez-vous avec Léonie M., de Ropac justement, par l’entremise de Susanne van H.. Cela s’était bien passé mais elle m’avait conseillé de m’adresser plutôt aux galeries de la rue Louise Weiss, qui m’avaient conseillé de m’adresser plutôt au bon Dieu (qui m’avait conseillé de peindre le Christ en croix… ce que je ferai un jour.) Depuis (c’est humain), je ne peux m’empêcher d’imaginer mes toiles sur les murs de cette galerie (entre autres) et, de voir cet espace ainsi ridiculisé, ringardisé, il me monte une colère sourde. Ali Banisadr est venu chier dans ma tête.

Mercredi soir Miam-Miam, la pièce d’Edouard Baer. Elle met du temps à démarrer puis c’est hilarant. Une très bonne soirée. J’étais allé voir autre chose à Marigny il y un an mais je ne m’en souviens plus. Beau théâtre. Six rappels, et pour une fois c’était mérité.
N’avez-vous pas remarqué cette obligation tacite que l’on fait au public, depuis le milieu environ des années quatre-vingt dix, d’accorder un triomphe à la plus minable représentation subventionnée ? Déjà applaudir parfois (souvent) s’apparente à de la charité, mais rappeler ! rappeler les acteurs d’un calvaire où durant presque deux heures on a prié le grand horloger pour que tout s’arrête ! C’est du masochisme collectif à l’état pur. Maintenant je hurle. Je fais « hououououou ! » quand c’est nul, parmi les applaudissements. Étrangement, je distingue toujours dans la salle des gens qui se mettent à m’applaudir moi, qui me regardent en souriant du coin de l’Å“il. Une fois un vieux monsieur m’a dit « merci, c’était courageux » en quittant la rangée. Il avait applaudi. Mais en quoi crénom de nom avais-je été « courageux » ?

Miam-miamMiam-miamMiam-miam

Me relisant, je suis prêt à convenir que j’ai, décidément, un caractère de cochon. Mais ceux qui me connaissent savent que je suis adorable, et très humble.

ps : Cher Taddeus, si tu lis ce post, saches que je suis toujours libre pour une exposition personnelle et que je te pardonne Ali Banisadr (Si tu tiens à ce que je me mette un turban sur la tête pour le vernissage, j’accepte aussi).

Allez les amis, foin de pitreries, Arrivederci (Grazie il grandioso Umberto Bindi !)

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11 février 2010 5h 12

Pourquoi résister ?

Nikka est moche maintenant. Une sorte de théâtreuse aux cheveux teints en rouge carotte, avec une énorme culotte de cheval. Pourtant sa chanson m’accompagne toujours.

Elle entre en résonance bien sûr avec l’incroyable « Greatest love of all » de Withney Houston, en plus mélancolique, en moins vaillant (j’arrête là, ça vire American Psycho). Mais l’essentiel, c’est qu’elle me rassérène cette chanson, elle m’apaise. Sans doute comme les mauvaises endorphines des cochons qu’eux-mêmes produisent dans les boxes de l’abattoir sans le faire exprès et qui leur font voir une dernière fois la vie en rose.
Tant pis, somme toute. Si c’est une sorte de diapason à quelque chose qui est au fond de moi, pourquoi résister ?

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7 février 2010 1h 51

J’ai rencontré Mercure

Mercure

Dans la vie courante, il insiste pour qu’on l’appelle Thomas.

C’était à l’anniversaire de Barbara. Je venais à peine d’arriver après m’être rendu chez Cécile, pour un autre anniversaire, le sien, j’étais dans un rush d’anniversaires. J’avais promis. Rue Cambon, tout le monde était déjà dans un jus particulier, celui d’une soirée lounge. Ils mangeaient des quartiers de pamplemousse chinois en parlant du dernier concert de Benjamin Biolay. Il fallait que, d’une manière ou d’une autre, cela cesse.

J’ai demandé où je pouvais me déshabiller, affirmant être le gogo dancer offert par ses amis à Barbara, et ceux (un couple sympathique) qui ne me connaissaient pas (certains reviennent de Tanzanie après un long voyage) prirent mon affirmation au premier degré et m’indiquèrent la chambre.

J’étais décidé à dire du mal de Benjamin Biolay (qui, apprenais-je avec surprise, se roule par-terre dans ses concerts), pour faire le mec avec six mois de retard dans l’agenda des haines gratuites, mais la discussion glissa immédiatement sur Shy’m (Oh mon dieu ! La shame !).

Je fis remarquer qu’elle avait trois vertèbres en trop. J’ajoutai qu’elle était moche comme un poux à qui un chirurgien mexicain héroïnomane aurait greffé en urgence le visage de Françoise Sagan vieille (à l’envers). La résistance était féroce. Je vantai, pour donner un exemple de chanteuse keubla pour le coup vraiment terrible, l’incroyable appeal de Rihanna, à qui mes contradicteurs (psychotiques) reprochèrent d’avoir « trop de formes » ! Rihanna (pour les Tanzaniens) c’est la fille qui « run run » (entre autres) dans « Pon de replay » :

J’avais sur tout raison. Je cherchais pourtant l’affrontement. Mais (étais-ce le gâteau meringué au citron qui traversait l’appartement comme un scud un studio d’enregistrement raggamophine ?) cela ne prenait pas. J’étais sur le point de renoncer à faire basculer la soirée dans le chaos quand soudain Thomas (Mercure), se décida à me délivrer son message :

« Marc, je suis venu de par-delà les montagnes, envoyé par Minos, t’annoncer que les hordes Shy’mesques seront défaites par l’armée régulière Rihannienne sous peu. Il t’est demandé de te mettre à l’abri, car la foudre du seigneur a décidé de t’épargner (toi l’unique juste) et, pour cela, tu dois te renverser sur la tête le bol de Pringles au bacon. Tu partiras ensuite sans te retourner vivre le destin princier que Zeus t’a réservé. Tu seras adulé, tu auras le beurre, l’argent du beurre et la jarretière de la fermière, on dira absurdement de toi qu’en plus tu as su rester simple. En vérité je te le dis Marc, tu t’apprêtes à traverser la vallée des vanités et, pour t’éviter la surprise qui gâche tout, je te préviens : il faudra que tu recomptes tes amis dans un an. Ne m’en demande pas plus, je ne suis pas au courant des détails, et tu serais grossier d’insister. »

Le trouvant libéré, déchargé de sa mission et certain que pas la plus petite info supplémentaire sur ce qui allait m’arriver n’était encore en sa possession, je l’interrogeai sur ses chaussures. Il me montra la doublure or des ailes. Trop cool.

Mercure

Après l’épisode Râ, je me suis félicité de cette survivance décidément générale des dieux anciens dans un monde ivre de nouveautés. En France, notre beau pays qui, en de très rares occasions, comme hier, parvient à retrouver le chemin d’un art de vivre simple, restaure notre civilisation sur sa base : l’espièglerie, on peut recroiser parfois ces gardiens du passé.

Paris est la véritable capitale métaphysique du monde. Les naïfs qui s’imaginent que c’est Jérusalem (ou Las Vegas) sont à n’en pas douter des fans de Shy’m.

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