J’ai rencontré Mercure
Dans la vie courante, il insiste pour qu’on l’appelle Thomas.
C’était à l’anniversaire de Barbara. Je venais à peine d’arriver après m’être rendu chez Cécile, pour un autre anniversaire, le sien, j’étais dans un rush d’anniversaires. J’avais promis. Rue Cambon, tout le monde était déjà dans un jus particulier, celui d’une soirée lounge. Ils mangeaient des quartiers de pamplemousse chinois en parlant du dernier concert de Benjamin Biolay. Il fallait que, d’une manière ou d’une autre, cela cesse.
J’ai demandé où je pouvais me déshabiller, affirmant être le gogo dancer offert par ses amis à Barbara, et ceux (un couple sympathique) qui ne me connaissaient pas (certains reviennent de Tanzanie après un long voyage) prirent mon affirmation au premier degré et m’indiquèrent la chambre.
J’étais décidé à dire du mal de Benjamin Biolay (qui, apprenais-je avec surprise, se roule par-terre dans ses concerts), pour faire le mec avec six mois de retard dans l’agenda des haines gratuites, mais la discussion glissa immédiatement sur Shy’m (Oh mon dieu ! La shame !).
Je fis remarquer qu’elle avait trois vertèbres en trop. J’ajoutai qu’elle était moche comme un poux à qui un chirurgien mexicain héroïnomane aurait greffé en urgence le visage de Françoise Sagan vieille (à l’envers). La résistance était féroce. Je vantai, pour donner un exemple de chanteuse keubla pour le coup vraiment terrible, l’incroyable appeal de Rihanna, à qui mes contradicteurs (psychotiques) reprochèrent d’avoir « trop de formes » ! Rihanna (pour les Tanzaniens) c’est la fille qui « run run » (entre autres) dans « Pon de replay » :
J’avais sur tout raison. Je cherchais pourtant l’affrontement. Mais (étais-ce le gâteau meringué au citron qui traversait l’appartement comme un scud un studio d’enregistrement raggamophine ?) cela ne prenait pas. J’étais sur le point de renoncer à faire basculer la soirée dans le chaos quand soudain Thomas (Mercure), se décida à me délivrer son message :
« Marc, je suis venu de par-delà les montagnes, envoyé par Minos, t’annoncer que les hordes Shy’mesques seront défaites par l’armée régulière Rihannienne sous peu. Il t’est demandé de te mettre à l’abri, car la foudre du seigneur a décidé de t’épargner (toi l’unique juste) et, pour cela, tu dois te renverser sur la tête le bol de Pringles au bacon. Tu partiras ensuite sans te retourner vivre le destin princier que Zeus t’a réservé. Tu seras adulé, tu auras le beurre, l’argent du beurre et la jarretière de la fermière, on dira absurdement de toi qu’en plus tu as su rester simple. En vérité je te le dis Marc, tu t’apprêtes à traverser la vallée des vanités et, pour t’éviter la surprise qui gâche tout, je te préviens : il faudra que tu recomptes tes amis dans un an. Ne m’en demande pas plus, je ne suis pas au courant des détails, et tu serais grossier d’insister. »
Le trouvant libéré, déchargé de sa mission et certain que pas la plus petite info supplémentaire sur ce qui allait m’arriver n’était encore en sa possession, je l’interrogeai sur ses chaussures. Il me montra la doublure or des ailes. Trop cool.
Après l’épisode Râ, je me suis félicité de cette survivance décidément générale des dieux anciens dans un monde ivre de nouveautés. En France, notre beau pays qui, en de très rares occasions, comme hier, parvient à retrouver le chemin d’un art de vivre simple, restaure notre civilisation sur sa base : l’espièglerie, on peut recroiser parfois ces gardiens du passé.
Paris est la véritable capitale métaphysique du monde. Les naïfs qui s’imaginent que c’est Jérusalem (ou Las Vegas) sont à n’en pas douter des fans de Shy’m.
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Ton bon goût croise le mien, une fois de plus, car lisant l’édition italienne de GQ, achetée à l’aéroport de Napoli, j’admirais ce matin la sublime Rihanna (peu habillée dans les pages intérieures).
D’un rien, tu fais des merveilles, c’est à ça qu’on reconnaît les maîtres ! Tu m’as trop fait rire, Mon Marc :)
XXX