RĂŞves Party


17 avril 2010 20h 09

La course des nuages (so romantic)

4 heures, 3 visages.

J’ai reportĂ© la rĂ©alisation des nuages Ă  la prochaine sĂ©ance. j’ai tellement de mails en retard. Il faut que je booke un rdv avec Tatiana mais je n’ai pas la force cette semaine. Il faut que je dĂ©gage une journĂ©e (comme un corps d’une maison chinoise après un tremblement de Terre).

Aujourd’hui, je suis content des ressemblances obtenues. Peindre un visage, il y a plein de manières, mais c’est principalement « le vertige de la convocation » que je recherche pour ma part. Je tiens Ă  voir untel, et je le fais apparaĂ®tre (quand cela marche). Magie Magie !

E*
K*
B*

Sinon, et c’est plutĂ´t une bonne nouvelle, l’accrochage Ă  la galerie Albert Benamou initialement prĂ©vu s’est transformĂ© (Magie Magie toujours) en vĂ©ritable exposition. Avec titre, carton, vernissage… Je l’apprends hier soir par mail, satisfait au final que tout se soit goupillĂ© sans moi. Trois grandes toiles, deux dessins, je ne serai pas le parent pauvre.

RĂŞves Party

Il n’est pas certain que « RĂŞves Party » n’ait jamais servi mais c’est un beau titre, qui se dĂ©fend. Le commissariat de l’exposition est assurĂ© par VĂ©ronique MaxĂ©.

En rentrant j’ai voulu louer un dvd et patatra, je dĂ©couvre qu’un connard utilise notre compte depuis un petit moment pour louer des films (pornos) en notre nom Ă  EloĂŻse et Ă  moi. Les deux jeunes du VidĂ©o Club croient que je cherche Ă  les entourlouper ou que l’amant de ma femme est un crĂ©atif, un aventurier du quotidien… il a fallu payer pour les branlettes de quelqu’un d’autre. DĂ©primant.

Mais il faisait « doux », pas « beau », « doux ». Sur le trottoir, j’ai jetĂ© en l’air un coup d’oeil Ă  la course des nuages (so romantic), pour la prochaine sĂ©ance.

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15 avril 2010 21h 08

Ils auraient tous un petit « M » Ă  l’intĂ©rieur du poignet

L’atelier. Retour au pays lent. Un tableau qui me tient Ă  coeur, un cadeau pour Kimiko. Pour l’instant, je l’appelle « PrĂ©sence du Japon », c’est seulement pratique. Je n’ai pas encore posĂ© les visages et les nuages. Ensuite, une fois les fondations assurĂ©es, je serai (je l’espère) moins fĂ©brile :

Présence du Japon

La gestion du noir & blanc, un levier important des autres couleurs.
Ici Le mariage mystique de Sainte Catherine de Francesco Mazzola (dit Parmigianino / environ 1527), possède une magie « post-moderne » très spĂ©cifique, qui me concerne, quelque chose d’argentĂ©, d’inachevĂ©, de théâtral avec rideaux, fonds en dĂ©cor. Je navigue sur ma coque de noix dans cette direction :

Le mariage mystique de Sainte Catherine, Francesco Mazzola (dit Parmigianino), environ 1527

Plus loin, Pierre Berger a fait un cadeau au Louvre. un beau cadeau :

Portrait de don Luis Maria de Cistude, Francisco de Goya, 1791

Je pense Ă  mon fils, dès que je vois un petit homme debout. Je suis amoureux de mon fils. Hier Ă  cause de moi il s’est fait mal au doigt. Il a un pansement. Je me suis jurĂ© que si par un hasard incomprĂ©hensible il attrapait la gangrène et perdait son doigt, je me couperais le mĂŞme doigt moi-mĂŞme au hachoir. Je ne parle pas trop de ces promesses en gĂ©nĂ©ral, sinon les autres disent que je suis fou.

Je rĂ©alise que plus il y a de choses dans nos vies, plus on en voit dans la peinture, que d’une certaine manière il est possible de mesurer notre ignorance Ă  la quantitĂ© de tableaux qui nous laissent indiffĂ©rents. C’est un peu vertigineux.

La laisse transparente, je n’avais pas remarquĂ© la laisse transparente. Putain de merde, quel killer ce Francisco. La fragilitĂ© du lien servile, sa puissance ornementale (que dĂ©note le ruban Ă  l’endroit d’une lanière), presque un instrument de musique tant on imagine les clochettes du collier tinter au premier Ă -coup :

Portrait de don Luis Maria de Cistude (détail), Francisco de Goya, 1791

Le chien ne nous regarde pas. Peut-ĂŞtre a-t-il honte. Il ne pensait pas ĂŞtre peint ce jour lĂ , dans cette situation. Les petits chiens sont plus fiers que les gros. Le petit chien est le premier spectateur, le spectateur permanent du petit Luis. Le petit chien garde le tableau si l’on veut. Il le re-garde, juste devant nous, avec nous. Nous sommes tous les petits chiens du petit Luis (c’est ce qu’il faut comprendre). Merde Ă  celui qui regardera.

Portrait de don Luis Maria de Cistude (détail), Francisco de Goya, 1791

Après rien Ă  voir mais mon petit cĂ´tĂ© fĂ©tichiste l’impose, un passage par les pompes. Incroyables ces deux boules de neiges, ces deux meringues. C’est le refuge de l’enfance vĂ©ritable dans le tableau, du jeu et de la gourmandise :

Portrait de don Luis Maria de Cistude (détail), Francisco de Goya, 1791

J’en avais parlĂ© pour le pont des arts mais c’est pareil sur le pont SolfĂ©rino, la mĂŞme installation collective, touristique, plus dense encore. Toujours la mĂŞme Ă©motion. Verrou pour le coeur, serrure pour le sexe, en voilĂ  un beau mĂ©tier : serrurier.

Pont SolférinoPont Solférino

Dans le marais dimanche dernier, deux belles oeuvres approchĂ©es Ă  l’occasion d’un mini-festival vidĂ©o qui fit ouvrir le jour du seigneur (Aaaamen) une quinzaine de galeries :
La sorcière de Christophe Chemin, très belle malgrĂ© son titre en anglais : « The witch » (je ne comprendrai jamais ce mĂ©pris pour leur langue maternelle d’artistes qui pourtant sont de très bons artistes. Comme si un titre en anglais avait un quelconque impact en terme de vente. C’est censĂ© ĂŞtre hype, c’est ça ? Pour moi l’anglais a le goĂ»t dans ce contexte d’une barquette surgelĂ©e rĂ©chauffĂ©e au micro-onde. En fait celui d’une choucroute en 1941). Chez Odile, une très belle vidĂ©o de Laurent Pernot, très technique et très poĂ©tique :

The witch, Christophe Chemin, 2010Laurent Pernot

Au petit palais, mardi, je tombe en arrĂŞt devant Quarante-trois portraits d’Ă©lèves de l’atelier Gleyre (1860-1868). Je me dis qu’il faudrait peindre le mĂŞme tableau aujourd’hui… mais rapidement j’imagine toutes les complications de ce projet, les refus, les refus conditionnels, les absents, les timides, et j’abandonne. L’art français est une armĂ©e en dĂ©route. Quelques uns se font croire qu’il n’y a pas d’art français pour se rassurer puis essaient d’exposer Ă  Londres ou Ă  Berlin. OĂą qu’ils aillent, ils se sentent seuls et ne comprennent pas pourquoi.

Quarante-trois portrait d'élèves de l'atelier Gleyre, 1860-1868

Moi-mĂŞme souvent je me sens seul. Quand je dors, j’aimerais avoir la tĂŞte du Saint Jean-Baptiste de Solario. Un ami m’apprend qu’il y a un autoportrait du peintre Ă  l’envers dans le reflet du pied du plateau. Ah oui, c’est vrai, on dirait quelqu’un de grimaçant. Faut-il toujours un ami pour bien voir les choses ? Ce serait très moral, très beau. Ce n’est donc pas une hypothèse Ă  retenir pour ce monde-lĂ .

La tĂŞte de Saint Jean-Baptiste, Andrea di Bartolo (dit Solario), 1507

Hier pourtant, Alexandra L. est venue manger de la poule au riz en conserve Ă  l’atelier. Plusieurs tableaux Ă©taient absents car il y a un accrochage de prĂ©vu (pas une exposition, un simple accrochage) des dits tableaux en compagnie d’oeuvres d’autres artistes Ă  la galerie Albert Benamou (vernissage le mardi 27 avril, 18h-21h pour les amateurs). Nous avons parlĂ© sĂ©rieusement. Moi j’essayais de faire attention Ă  tout. Nous avons pris le mĂ©tro du retour ensemble. Je n’arrive pas Ă  peindre les jours de visite, je suis mono-quelque chose. J’attribue Ă  chaque journĂ©e sa raison d’ĂŞtre. Sorti de lĂ , je glande.

A un moment, Alexandra a tirĂ© de son sac un agenda extraordinaire. Au lieu d’utiliser les pages, une par jour, prĂ©vues Ă  cet effet, elle note tous ses rendez-vous du mois sur une page, centrale, au milieu d’une pelote de gribouillis et de chiffres parfaitement superposĂ©s. Elle tient pourtant chaque annĂ©e Ă  racheter un agenda. Je me suis dit qu’elle avait raison, que tout devrait tenir sur une page. La prochaine fois que nous nous verrons, elle a promis de me servir une de ses spĂ©cialitĂ©s : du boudin pomme-poire. Chouette (ça me rappellera la Guadeloupe). J’ai hâte.

J’ai changĂ© Ă  RĂ©publique.

L'agenda d'Alexandra

Dans les dernières stations, une (autre) idĂ©e inavouable m’est venue : tatouer mes amis. Leur appliquer « une marque de collection », comme aux grandes heures des grands collectionneurs de la Grande Europe (cf. www.marquesdecollections.fr) Et pourquoi pas après tout ? Hein ? Pourquoi pas ? Ils auraient tous un petit « M » sur la nuque ou Ă  l’intĂ©rieur du poignet.

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9 avril 2010 19h 43

FrĂ©dĂ©rique Chauveaux existe, je l’ai rencontrĂ©e

FrĂ©dĂ©rique est chorĂ©graphe et vidĂ©aste. C’est beau ce mot « vidĂ©aste ». C’est beau pourtant on dirait « gymnaste » ou « pĂ©dĂ©raste »… les mots en « aste », c’est pas terrible. Quoi que. Il y a « contraste » aussi, « vaste » et « enthousiaste ». Bref, ce n’est pas si simple.

FrĂ©dĂ©rique Chauveaux n’a pas de site web, et donc vous parler de son travail revient Ă  vous faire part d’une rumeur, d’un ouĂŻ-dire. Ma tante a une amie qui donne des cours d’anglais Ă  la fille d’une unijambiste mĂ©tisse dont le frère est sorti un moment il y a dix ans avec FrĂ©dĂ©rique Chauveaux… tu vois de qui je parle ? La vidĂ©aste.

On comprendra que je me moque car je suis Ă©nervĂ©, Ă©nervĂ© que ses projections en noir et blanc sur de la literie, dans l’eau d’une salle de bain plongĂ©e dans la pĂ©nombre, Ă  l’endroit de gestes Ă©vanouis, n’aient Ă©tĂ© vues que par ceux qui ont eu la chance d’ĂŞtre lĂ  au bon moment au bon endroit, dans la confidence. Et tout cela, cela va disparaĂ®tre comme cela. Pshit ! Plus rien. Toutes ces installations. VouĂ©es Ă  finir en petits rĂ©cits d’une soirĂ©e oĂą, tu sais, il y avait une installation de FrĂ©dĂ©rique Chauveaux.

Alors j’ai demandĂ© Ă  FrĂ©dĂ©rique des photographies de son travail. Je lui ai dit « je vais en parler sur Blabla, Ă  toi la hype, gloria, oublie les catacombes ». Eh bien elle m’a envoyĂ© deux petites photographies (ci-dessous), qui ne rendent pas grand chose des impressions magiques qu’elle maĂ®trise avec brio in situ, de la mĂ©lancolie fantomatique (si si) qui se dĂ©gage de ses projections.

Qu’est-ce que vous voulez faire avec ça ? FrĂ©dĂ©rique Chauveaux a une adresse email… qu’elle consulte une fois par an. Pourtant elle existe, je l’ai rencontrĂ©e.

Frédérique Chauveaux

Frédérique Chauveaux

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7 avril 2010 15h 32

Le secret de la vie

ça vous arrive Ă  vous de rencontrer des gens formidables lors d’une soirĂ©e, de ne plus les voir pendant des annĂ©es, puis de les recroiser et de vous dire que vraiment, ah ben mince alors, ce sont vraiment des gens formidables ? Et de vous demander pourquoi vous ne vous ĂŞtes pas revus, pourquoi vous vous ĂŞtes cognĂ© tout plein de gens moins formidables pendant tout ce temps (pas que) ? Parce qu’Ă  moi ça m’est arrivĂ© il y a deux semaines. Alors bien sĂ»r Alexandra est un fille magnifique et distinguĂ©e, mais je ne vous parle pas de ça, je vous parle de joie. C’est tout de mĂŞme gĂ©nial d’ĂŞtre joyeux simplement parce qu’on est en prĂ©sence de quelqu’un… je ne saurais pas dire… « qui comprend » ? Et puis ça compte l’impression de s’amuser, de jouer pour de bon.
Après, tout est logique, on aime ses videos, son travail, on a trouvĂ© quelqu’un d’important par hasard, on espère que cela ne va pas s’envoler, s’Ă©tioler.

J’ai repensĂ© Ă  cette maladresse Ă  saisir au vol les bonnes personnes. Je crois que c’est par un manque d’habitude, ou un trop plein d’habitudes. On est installĂ© dans sa vie, avec dĂ©jĂ  ses gens formidables, on n’attend dĂ©jĂ  plus rien (en fait). On est dĂ©jĂ  Ă©teint mais sans le savoir.

Bon, c’est bien qu’il faille faire un effort de temps en temps, ĂŞtre tirĂ© de cette torpeur. Alexandra Loewe, c’est ma dĂ©couverte.

Rien Ă  voir mais pour ceux qui me rĂ©pètent chaque fois qu’ils me croisent (ah ces fans ! :)) que je devrais parler davantage de peinture sur Blabla, qu’ils matent cette vidĂ©o :

Ya un truc bizarre dans ce making off, non ? On est privĂ© de l’Ă©tape dessin (Ă  d’autres les contours Ă  main levĂ©e) et de l’Ă©tape lĂ©chage (or c’est lĂ  que rĂ©side beaucoup du charme des peintures de Mark Ryden, dans le rendu de porcelaine, la douceur des finitions).

Me viennent deux questions (j’ai mauvais esprit) : l’escamotage du dessin prĂ©paratoire (invisible Ă  cet distance mais qui est lĂ  Ă  la mine de plomb sur la toile) et des finitions interminables vise-t-il Ă  gommer le caractère un peu laborieux, huile de coude, de l’amorce et de l’achèvement du tableau ? Mark Ryden est-il lui aussi l’otage d’une idĂ©ologie de la rapiditĂ©, tandis que son oeuvre entière semble consacrĂ©e Ă  rĂ©habiliter la patience et les poils de martre ? No lo sĂ©. Ce film est amusant, mais il me semble qu’un vrai bon film sur la peinture du maestro californien devrait durer au minimum deux heures. Ici l’ellipse est beaucoup trop courte, elle est surtout tronquĂ©e. Elle n’est pas Ă  l’Ă©chelle de son mĂ©tier.

Bon, c’est bien, vous avez lu jusque lĂ , alors vous mĂ©ritez de connaitre le secret de la vie… La vie est un noeud, un petit noeud brodĂ© de fil dorĂ©, peint sur du bois. Le secret, c’est qu’il ne faut pas tirer dessus.

Vive la Hollande !

- Bonne nuit les petits.
- Au revoir Nounours !

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