Girly


27 septembre 2010 21h 35

Girly

J’ai reçu de nombreux mails en réponse à mon mailing de la semaine dernière annonçant l’exposition à Londres etc. J’adore ça. Que l’on réponde à mes mailings.

J’ai ainsi pu échanger quelques mots avec certains que je n’avais pas recroisés depuis des lustres ou avec des potes. Bon mais si j’en parle c’est évidemment pour me faire mousser puisque ces mails étaient tous positifs, oserai-je dire encenseurs (les autres se taisent et ils ont bien raison, je casse les gueules facilement). Deux d’entre eux sont entrés dans l’analyse et m’ont interloqué (oui, interloqué) car j’étais bien obligé de convenir qu’il y avait du vrai dans ce qui m’était dit, or pourtant, ce vrai-là, deux secondes avant, je ne l’avais pas percuté.

Il y a S* qui m’écrit :

« Bonjour Marc,
Ce qui m’intéresse notamment dans ta peinture c’est quand tu deviens femme. Oui il y a du « Virgin Suicide » dans la légèreté, l’acidulé tes dernières toiles; et en la manière d’introduire le Japon dans ta dernière toile, Sofia Coppola n’est pas loin.
C’est une réflexion que je me fais aussi en lisant le titre « la fausse meilleure amie », concept girly s’il en est.
De ce point de vue « La troisième République » semble un ouvrage de dentelle (d’un point de vue pictural), et lorsque je lis ton conte c’est encore d’un personnage féminin qu’il s’agit, profondément incarné.
Je ne suis alors pas étonnée de lire dans le texte de Pierre-Yves Quiviger « Molk s’est fait femme pour peindre La libération sexuelle ».
C’est en tout cas une facette de ton travail dont l’ambiguïté, associée à un engagement certain du propos, m’interpelle fort positivement.
A bientôt (j’essaierai de passer au vernissage de l’expo carne) et bonne continuation.
S* »

Mince alors… Elle a raison… Je peins comme une fille. Du moins de plus en plus comme une fille. En courant après l’image du bonheur et la reconquête d’une certaines délicatesse, d’une certaine douceur (perdue à mon sens au profit d’une violence d’apparat et de pacotille à la fois), ma peinture vire un peu kif d’adolescente… Pourtant je veux aller plus loin, alors cela risque d’empirer… Je ne sais pas vraiment quoi en penser (moi que l’on sait un peu macho et très velu).

Une autre amie, I*, m’écrit :

« Coucou
Chouette p les news !
Les couleurs me font définitivement penser aux décorations surannées florales qu’on trouve sur les tombes (des fleurs en céramiques qui ne se fabriquent plus auj). J’aime bien !
bises
I* »

Et là cela m’a flatté parce qu’effectivement la mort, je me sens en plein dedans, tout le temps, et que la mort pastel, c’est un peu mon but ultime.

Quelle pertinence finalement à partir de simple photographies envoyées par mail… Et quelles intuitions à chaque fois féminines, lumineuses. c’est bête mais ces quelques mots me font beaucoup réfléchir depuis quelques jours. Non, je n’envisage pas la moindre opération, mais il est clair que ma peinture n’est peut-être pas du même sexe que moi.

Il va falloir que je m’en accommode.

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26 septembre 2010 19h 24

Les faux-semblants


Couverture de Fluide Glacial par Edika

Ceux qui me connaissent savent que je suis la faignasse la plus travailleuse de la Terre, une larve sur-active, bref que je m’échine à donner l’impression d’un mec cool et nonchalant tandis que je suis plutôt psycho-rigide et stakhanoviste (Que tout soit bien clair).
Mais là, pour la rentrée de mon petit blog, je vais me contenter « Ã  la ouanegaine » (comme dirait l’immense Edika) de copier-coller un commentaire que je fis le 21 août à 21h43 sur Facebook en cordée d’un album photo, sur le profil de Valery Grancher.
Valery avait été choqué de visiter une exposition d’aquarelles en tous points semblables aux aquarelles de Rebecca Bournigault. Il avait ainsi mélangé des photographies des travaux de RB et de son « plagiaire », qu’il entendait par là ainsi dénoncer. Valery n’a pas peur de se faire des ennemis mortels, c’est ce qui me plaît chez lui, ce côté « kamikaz ».
Bon bref, mon commentaire venant après plusieurs autres, il remporta un si franc succès au box office des « J’aime » que je l’immortalise ici et maintenant, hors de son contexte :

« Bah… Ce travail là est exposé à l’infini depuis 20 ans par toute une tripotée d’artistes et de galeries « dans le ton »… C’est du réchauffé au micro-onde pour petit milieu parisien en manque d’aquarelles passe-partout pour murs qui ne vendent qu’aux FRAC, pour amateurs d’émotions faiblardes.
Tu sais Valéry, il y avait des milliers d’impressionnistes à l’époque et des milliers d’artistes « figuration libre », etc… La question de l’antécédence n’est pas intéressante à mon sens (Si tu vas par là, Bonnard avait 50 ans de retard, et pourtant c’est majeur). L’histoire conservera le travail de certains d’entre eux et c’est tout (comme Combas a survécu là où des milliers ont disparu). Celui qui disposera du talent et, dans le même temps, du réseau social lui permettant de garantir la conservation de son travail survivra.
Ceci dit, je comprend ton choc (bien que l’on puisse toujours différencier les oeuvres par leur qualité d’exécution), mais réalise aussi que c’est une forme d’hommage que d’être plagié, l’hommage absolu. Rebecca Bournigault doit donc « mystiquement » se féliciter de cette exposition, et, paradoxalement, s’en inquiéter. S’en inquiéter non parce qu’elle est plagiée, mais parce qu’un travail « plagiable » n’appartient à personne, au fond. Va donc plagier Bacon ou Ingres, tu verras. Tous ceux qui s’y sont frottés s’y sont ridiculisés (Rebeyrolle etc).
Ce que je veux dire, c’est que le plagiaire nous libère de ce qui, dans notre oeuvre, ne nous appartient pas en propre. Il est l’oiseau nettoyant les dents du crocodile. Ce que le plagiaire ne peut plagier, c’est cela notre seule contribution véritable, notre noyau, qu’il met au jour.
Et puis plagier, c’est aussi peut-être le commencement d’une oeuvre. Bacon toujours, sans Van Gogh ou Rembrandt à ses débuts, comment aurait-il fait ? Toutes ces questions sont très compliquées. Et ce jeune homme dont tu parles est sans doute honnête, inconscient, naturel.
Pour finir, que chacun peigne ce qu’il veut car il y a tellement peu de personnes susceptibles de percevoir les différences, de personnes cultivées, affranchies, de personnes suffisamment ennuyées de tout pour avoir un besoin vital de « réelle distraction », qu’il vaut mieux abandonner toute tentative d’historiciser l’art et de distribuer des franchises (surtout à l’échelle de Paris, c’est ridicule).
Laissons aux hasards du monde et à l’implacable filtre des déterminismes sociaux à l’oeuvre dans ce champ le soin de faire un ménage injuste mais radical. A ce jeu là, Mister Timothé me semble aussi bien connecté que Miss Rebecca. Ce sera amusant à observer. »

Valery était d’accord mais toujours remonté, et je lui envie quelque part ce potentiel de révolte. Moi je suis trop vieux pour combattre… Disons que je préfèrerai toujours relire un album d’Edika plutôt que de dénoncer le moindre scandale. En un sens, j’ai pris mon parti des faux-semblants.

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