Chic Dessin


27 mars 2011 23h 31

Les ennemis de la vie ambitieuse

Vendredi aprem : Rango. Première scéance de cinéma pour petit E, le super trognon. Je lui ai promis de l’ambiance, des applaudissements, du dolby stereo (surround), bref une expérience unique. Il attend d’avoir l’âge requis pour entrer dans un mk2 depuis 1 an. Assis, je constate que nous sommes seuls dans la salle de 500 places. Petit E me demande « Où sont les amis ? »… Impossible de lui expliquer qu’une cinquantaine d’inconnus nous ont posé un lapin, ce serait trop cruel.

Quand la séance commence enfin, le projectionniste a oublié de mettre le son. Petit E me regarde avec un air affligé. Il se demande visiblement ce que je trouve de mieux au cinéma sachant que sur une télévision, il y a le son. Le bide est à son comble. Finalement le son est rétabli d’un coup, ce qui ne manque pas de nous faire sursauter tous les deux.
Le film est très réussi visuellement parlant mais dénué de l’ombre d’un scénario. Heureusement nous avons du pop-corn. Je me demande si cet épisode aura entamé la confiance que mon petit lapin porte aux promesses de son papa lapin.

Samedi matin, je ne veux pas être à la bourre au squash alors je speede. Dans un couloir de la station Lamarck-Caulaincourt, un petit rigolo a incrusté je ne sais comment une blague sur/dans l’émail du mur. Je shoote :

C’est un peu débile ce détournement, parce qu’après tout je ne vois pas l’intérêt de dénigrer ceux qui « J’aime » ou qui « Like ». Envoyer se faire « Fuck », c’est tellement plus facile, plus fatigué comme programme. Je gratouille avec l’ongle du pouce… et rien. C’est incrusté parfaitement dans le carreau… incroyable… A croire que le carreau tout entier à été remplacé.
Le message est donc banalement négatif, subversif comme une vieille chaussette (puisque dans une époque nihiliste, seul l’idéalisme est subversif), mais c’est parfaitement réalisé. Dommage tout cet artisanat perdu au service d’une punk-attitude téléphonée… vraiment dommage… Oh merde ! Le Squash ! Je dévale plus tard les escaliers de Montmartre en continuant de me demander comment « ils » ont fait.

Samedi soir je me réveille à 18h30 après une sieste qui ne devait durer qu’une heure. « Le Squash m’a tuer » comme dirait la vieille. Je vais au vernissage d’une exposition chez Patricia Dorfmann qui rassemble plusieurs peintres de talent, et ce niveau de concentration est rare. Tout le monde est là. Raconter la soirée serait trop long et complexe. Cela s’est fini à pas d’heure du côté de Parmentier.

Vers trois heures du matin nous avons parlé avec Thomas et Katharina de peinture, de vraie peinture. Ce fut délicieux, cultivé, parfois violent et irréconciliable, mais nous avions besoin de parler je crois, quitte à faire surgir un peu de violence et d’irréconciabilité. A un moment de la discussion, je me suis fendu d’un : « Ce qui est bon en peinture excède ce qui me plait ». Nous avons aussi parlé de nos avis qui avaient changés parfois du tout au tout (concernant Bonnard en particulier). Les tableaux étaient bien davantage les supports d’une expérience de goût, d’une gymnastique du goût, le moyen « d’ouvrir le spectre de nos émotions », que des entités contenant une beauté éléxiritique, du moins à mon sens. Je crois que Thomas n’était pas d’accord mais au fond tout cela n’était pas si grave. Ce qui comptait, c’était l’impression de s’initier les uns les autres à tous les recoins de la beauté du monde. C’était de parler surtout sans que la présence d’un ignare ou d’un imbécile ne fasse peser sur nous le risque d’une remarque ou d’une pseudo-plaisanterie destinée à nous faire taire, à nous couper les ailes. Il faut dire que les ennemis de la vie ambitieuse sont légions.

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25 mars 2011 5h 41

Le style contemporain

Ce soir je suis allé faire un tour à Drawing Now, ex-salon du dessin contemporain.

J’y ai croisé des amis exposés et des amis pas exposés. Sur place, ce qui m’a surpris, c’est de connaître tout le monde. Mais surtout que cela soit à ce point déprimant, de connaître tout le monde. Je me suis souvenu de mes visites de foires d’il y a plusieurs années, où je ne connaissais personne, et j’ai réalisé que ne connaître personne est une définition exacte de la jeunesse… une parmi tant d’autres. Du moins de la jeunesse courante à laquelle j’ai appartenu (la dorée connaît déjà très bien les amis de papa et maman. Une franche avance au décollage).

Bref, j’ai déambulé dans la foire. J’y ai découvert Anthony Vérot, qui réalise des portraits aux crayons de couleurs absolument sublimes, d’une grande délicatesse et d’une grande maîtrise. Cela m’a fait penser à Ingres, du moins à cette tradition française là, noyée depuis longtemps sous les productions d’un tsunami pseudo-expressionniste du trait mais survivante malgré tout. J’ai demandé le prix, 1500 euros, autant dire rien. La beauté ne vaut rien on vous dit.

Plus tôt dans la journée, j’ai découvert que l’immeuble devant lequel je passe depuis trois ans pour aller récupérer mon fils à l’école, et qui est tout à fait sympa (bien qu’en plein dans ce que l’on peut attendre d’un architecte « contemporain » en 2011), eh bien cet immeuble est une réalisation de Frédéric Borel, notre dernier médaillé en date du Grand Prix National d’Archi.
Je me suis dit : « Tiens, encore un exemple de beauté accessible ». Je me suis dit cela parce qu’en fait c’est un immeuble de logements sociaux. Je me suis demandé ensuite à quoi ressemblaient les immeubles qui n’avaient pas été construits, d’autres architectes, moins soumis sans doute aux impératifs du déstructuré, du béton et des angles (c’est mon tropisme calatravesque). Parce que bon, même si c’est très bien fait, avec « de l’onirisme » (dixit la profession), c’est d’un tel classicisme, au final, « le style contemporain », que l’on s’ennuie un peu devant.

Mais il faut bien manger. C’est sans doute pour ça.
Pour parler d’argent intelligent, on m’a commandé des illustrations. Il paraît, dixit de vrais amis, qu’il ne faut pas que je les signe de mon nom de peintre, que ce serait une catastrophe. Je comprends les ressorts de ce raisonnement mais j’ai très envie de l’outrepasser. Cela fait un moment que je n’ai rien outrepassé.
Je veux me convaincre qu’il ne suffit pas d’être rusé dans la vie, que c’est même un handicap. Mieux vaut être déterminé. Un renard déterminé, décidément, c’est ce qu’il faudrait être pour survivre avec brio… Alors j’ai dessiné un renard avec ma palette graphique, un renard en dehors de toute foire, un renard illustré, que je ne signerai peut-être pas de mon nom. Va savoir. C’est le renard que j’aurais voulu être.

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