12 mai 2010 1h 09
Big naturals
Suis allé au salon de Montrouge mercredi dernier. T* m’avait envoyé l’invit pro par mail à imprimer. C’est loin Montrouge. Heureusement, j’ai fait joujou sur le chemin avec le GPS de mon iphone. J’avais l’impression d’être un porteur de valise pakistanais ou un sorte de pacman (très velu) dans la ville. Je croise P* en arrivant à 15h. Trop fort, le mec se casse déjà .
Une fois entré (par je ne sais quel miracle puisque ces invitations imprimées font tellement cheap que je suis toujours éberlué de constater qu’elles fonctionnent, que le gars avec le talkie s’écarte, respectueux, en prononçant un « Bonjour Monsieur » très articulé. C’est fou le pouvoir d’un bout de papier !), une fois entré donc, je tourne un peu, à la recherche de T*, qui est une sorte de géant nordique sapé Batman style. Je me dis que ça va être facile de le trouver, que ce sera la tête qui dépasse de deux têtes la tête la plus haute à l’horizon, et là encore, surprise, c’est ça, c’est lui. Je trace (façon torpille objectif verrouillé dans un film d’action américain avec Denzel Washington dans le rôle titre). Un vieil ami m’avait avoué me repérer dans les vernissages à mon gros rire au coeur de la foule. Il me retrouvait à l’oreille (façon voici l’extraterrestre gentil dans « La soupe au choux »). La nature a de ces trucs à elle pour chaque espèce, c’est trop beau.
Mais soyons sérieux. La peinture est toujours le parent pauvre des messes de l’art « le plus contemporain » en France (en Allemagne et UK, c’est le contraire. On est des ploucs versus pet sec) mais heureusement il y avait les tableaux de T*.
Alors là je sais ce que vous allez dire : « Ah si ça c’est pas du copinage, mais alors je ne sais pas ce que c’est ! Quel copineur ce Marc ! Jamais vu autant de copinoucherie ! ». Mais là je vais vous clouer rapido le bec avec ma célèbre (quand on me connait d’un peu près) « Théorie du copinage vertueux ».
C’est tout simple, cela consiste à n’être copain qu’avec des copains qui assurent grave. La vie c’est toujours un peu renvois d’ascenseurs et je te gratte le dos, toujours. Ou alors vous vivez dans le Larsac et ya pas d’ascenseurs, et vous grattez le dos des chèvres (c’est un autre trip, je respecte mais je vous cause des babouineries parisiennes, du mini-panier de crabes (je dis « mini » parce que bon, Paris, c’est plus trop ça depuis un petit moment))…
Où j’en étais ? … Ah oui ! Voilà ! Si ton possi c’est que des bons, tu fais un truc énorme qui consiste à subvertir l’implacable closure de tous les milieux sur eux-mêmes, à niquer la corruption des moeurs à la source, corruption qui perdure et s’enracine parce qu’elle a sa raison d’être (qui fera l’objet d’un autre post). Tu copines à mort mais tu ne le regrettes jamais. Tu ne te dis jamais le soir « Ah merde, c’est un peu la honte quand même de monter ce projet avec Bidule, c’est de la merde ce qu’il fait… mais bon, sans ça, pas d’article dans Branchouille Magazine… Et puis c’est le petit copain de Truc et si je me retrouve avec Truc sur le dos, avec Machin c’est mort (ils vont souvent à Disneyland ensemble) et là je peux toujours courir pour être acheté par son Tonton collectionneur » (Angot appelle ça « la voix du dedans ». Je dis Angot mais en fait c’est Ferre le premier qui l’a nommée).
Donc, je résume, tu peux copiner à mort (je te l’autorise) mais à la seule condition de trier tes copains. Entre un mec sympa nul et un connard super bon, tu vas copiner avec le connard… C’est ça le secret ! Avec suffisamment de flux, tu peux même faire un second tri et ne garder que les sympas supers bons (mais là il faut être un cador, un phoenix, un directeur des ressources humaines de sa propre vie). Bon bref, T* c’est ça, et donc là maintenant, c’est le flash de pub :
cf. TLL
Parfois, tu peux même devenir l’ami de tes copains, mais ça prend du temps et être copains au début, c’est toujours un obstacle pour des sentiments plus forts. Sortir du calcul, on en a souvent envie mais on en a rarement le cran, l’audace.
On comprendra à ce texte que ma vie fut chaotique (pôv choupi !), faite d’erreurs autant que de surprises, on sentira qu’il ne faudrait pas que j’en parle, mais on lira avec gourmandise, on s’excitera un peu de cette vérité, à peine suggérée. On voudra un peu plus de vent dans les cheveux mais non… ici ce n’est pas l’Armée du Salut.
Voici d’autres photographies dans le désordre :
Bon, y’avais pas que ça à voir, mais je n’ai pas fait que ça, prendre des photographies. Dans le fond, je ne savais pas vraiment pourquoi j’étais venu. Je me suis un peu senti à côté du truc (j’étais à côté du truc). J’étais content d’avoir vu mes copains mais j’étais triste aussi, c’était un peu comme un cimetière ou une casse à voiture, l’ambiance pro 14/18h, sans les chèvres de 18/21h ni le troupeau des jours suivants.
Et puis j’ai aperçu soudain A., qui me hait parce que j’ai sans doute été un peu injuste avec elle à l’époque, et qu’elle ne sait pas pardonner. Moi je lui ai pardonné (les torts sont toujours partagés). 5 tonnes de plomb. ça m’a renvoyé à ma jeunesse et je ne m’y attendais pas. Si, un peu, je savais que j’allais sans doute la recroiser là , mais je n’imaginais pas que ç’allait me filer un bourdon pareil, d’un coup, sur un simple profil immobile. Un assaut de mélancolie. Je me suis enfui. Des fois il n’y a rien à faire, c’est trop tard, en fait souvent. Il n’y a que du temps perdu qui, tout le monde le sait, ne se rattrape plus (quand je commence à citer Barbara, c’est que ça va vraiment mal). J’ai marché jusqu’à Porte de chais plus quoi et je suis rentré. Dans le métro un clochard pissait, or ce n’était pas une performance. Il n’y avait personne chez moi. J’ai envisagé un moment me branler sur internet sur une série de Big Naturals ou de Hairy Brunettes, mais il était trop tôt. Trop tôt, trop tard, fait chier !
Plus tard dans la soirée, vers minuit, je me suis souvenu d’une vidéo légère, amusante et poétique d’Indira Tatiana Cruz, « Dancing », et cela m’a refait sourire au milieu d’une dizaine de mails plus ou moins ennuyeux à écrire. J’étais tout content, je n’ose pas dire « réconcilié ». Je me suis souvenu deux heures plus tard, en ouvrant le frigo à la recherche d’une fin de Cervelas qu’Indira habitait Montrouge, plus loin, au bout de l’avenue Jean Jaurès.
Demain je pars à Bruges pour quelques jours.
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