Pertes humaines, Marc Molk
par Frédéric Vignale
Source : Le Mague
« Pertes humaines » est un carrefour littéraire où s’exprime avec une grande réussite le talent protéiforme d’un écrivain, d’un peintre conceptuel et d’un trentenaire sensible.
On assiste ici à un travail de mémoire, à une oeuvre générationnelle de grande valeur autour de l’intime où l’Autre – plus ou moins disparu – devient l’alibi génial pour se raconter soi-même, mais avec une grande pudeur et beaucoup de tact. Marc Molk a construit dans ce roman d’un nouveau genre une méthode révolutionnaire, intimiste et pertinente faite de pragmatisme et du meilleur des sciences humaines. « Pertes humaines » et un petit bijou nostalgique, inclassable, inédit, original et formidablement convaincant qui raconte une histoire singulière avec une énergie plurielle.
L’auteur Marc Molk, comme dans un happening d’Art contemporain ou un exercice de Queneau ou d’autres expérimentateur de la langue, énumère, fiche après fiche, les personnages de sa vie et le lien plus ou moins long qui, pour un temps, les a unis.
Aurélie, Nadine, la petite fille rousse, Alcor, Valérie, Raymond, Miloud, morts, vivants, perdus, presque oubliés ils sont les personnages retenus de force de ce catalogue autobiographique ou autofictionnel fort bien mené.
Ecriture précise, beau langage, élégance de la description, tendresse dans l’anecdote, marc Molk trouve vite une musique, une rythmique pour nous présenter son Panthéon de pertes humaines, imaginaires, fantasmées ou réelles.
Coefficient de perte, part de responsabilité et chances de renouer, l’auteur fait l’inventaire des personnes manquantes à sa vie d’aujourd’hui. Amitiés perdues, amours déchues ou décès prématurés, du simple voisin à la camarade de classe, chaque fiche est scrupuleusement notée pour laisser transparaître une émotion, une douleur, un souvenance ou un manque (…)
Comme les héros de ces pages, on est vite embarqué dans cette vie dont on ignore tout et qui devient vite familière, Marc Molk rend le voyage séduisant, il sait doser ses souvenirs, les mettre en scène, il a l’art de l’ellipse.
Le lecteur est à la fois voyeur et avide de ces vies multiples dont on nous présente les bribes avec une fausse nonchalance, beaucoup d’humour et pas mal de flagellation.
Marc Molk a l’art et la manière d’offrir le plus beau des portraits de lui-même à travers ces projections perpétuelles dans les descriptions de celles et ceux qu’il a aimé un peu, beaucoup passionnément ou plus du tout.
« Pertes humaines » est une bouteille à la mer envoyée à ceux qui ont quitté ce monde et à ceux qui y sont encore, un cri d’amour aux autres, touchant, humaniste et beau.
Si demain par malheur un Bus écrase Marc Molk, il peut avoir le sentiment du devoir bien fait. Son testament littéraire de cent vingt quatre page est une des plus jolis objets littéraires que nous avons pu lire depuis longtemps. Un auteur est né, définitivement, en un livre, historique.